800 ans de littérature française engagée

samedi 25 février 2017.
 

Que le lecteur ne s’attende pas à découvrir ci-dessous l’ombre d’une histoire de la littérature française.

Il s’agit seulement d’un éditorial pour lancer notre modeste rubrique Littérature.

Notre lecteur pourra cependant s’abreuver ci-dessous à la source d’écrivains de génie qui ont travaillé la mélodie des phrases, construit des énigmes et des personnages pour mieux transmettre leur message éthique, politique et social.

A) La littérature au coeur de la civilisation française

Cette importance de la littérature dans la culture française a été fréquemment notée. Tel est le cas, par exemple, d’Alain Lepape, dans son ouvrage intitulé Le pays de la littérature :

- Nulle part ailleurs, sauf peut-être dans la vieille Chine des mandarins, les écrivains ne jouissent d’un tel prestige, sans commune mesure avec leur position sociale ;

- Nulle part ailleurs la langue n’y est affaire d’Etat...

- Nulle part ailleurs la littérature fait ainsi corps avec le sentiment d’identité nationale. Nos chefs politiques viennent encore chercher dans les vitrines des librairies l’onction de la légitimité : ils écrivent des livres.

- Comme la France, la littérature se vit à la fois comme essence et comme existence..., une croyance et une institution. Une faim d’universel et un pouvoir singulier ; un clergé et des fidèles ; une foi et d’infinies disputes théologiques ; des tables de la loi et des hérétiques...

Ce dense plaidoyer se laisse un peu emporter par l’emphase.

B) Rôle de la littérature et histoire des sociétés

Lorsqu’une civilisation jouit d’une position hégémonique (économique, militaire, politique...), sa production artistique en bénéficie. La culture française en a profité à une époque mais aussi la cité athénienne antique, la civilisation arabe du 8ème au 12ème siècle, les cités italiennes médiévales (Florence, Pise, Sienne, Venise, Rome, Gênes...), les Pays Bas des 16ème et 17ème siècles, l’Angleterre coloniale, l’Allemagne du 19ème, les Etats Unis d’aujourd’hui.

La langue est une affaire d’Etat dans tous les pays où les "minorités culturelles" représentent une part significative de la société. C’était évidemment le cas du royaume de François 1er dans lequel l’occitan seul couvrait autant de territoires que le français. C’était le cas de l’empire austro-hongrois qui a ainsi nourri les courants pangermanistes. C’est aujourd’hui le cas par exemple de la Turquie ou de l’Ukraine.

La langue constitue nécessairement l’outil essentiel du discours, de la communication. Même la valorisation des écrits engagés des 16ème, 17è et 18ème siècles par la 3ème république répond à un objectif politique. L’essayiste allemand Robert Curtius a bien compris cette fonction dans le combat idéologique républicain en écrivant qu’en France la littérature a été élevée au rang d’une religion.

C) La littérature engagée

Il s’agit d’un écrit par lequel un écrivain dénonce une situation inacceptable, défend une cause en raison de ses valeurs démocratiques, humanitaires, sociales, éthiques, politiques, féministes, écologistes. Un tel cri de l’humain face aux barbaries et aux injustices a traversé les siècles, a seulement varié en fonction de la société donnée et des circonstances.

Pour Sartre, un texte n’est jamais neutre par rapport à l’époque dans laquelle il est écrit. Il n’est de littérature qu’engagée « Ecrire, c’est une certaine façon de vouloir la liberté ; si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé ». L’objectif donné par Camus à la littérature est encore plus précis : Résister à toutes les formes d’oppression

- > Cette littérature ne commence évidemment pas avec la littérature française. La culture antique compte une part significative de littérature engagée. Nous avons déjà mis en ligne quelques articles sur cette question dans notre site comme :

Hésiode, Théognis, Anacréon : poètes grecs opposés à l’argent-roi

Lucien, poète et philosophe latin, père de l’esprit critique

- > Cette littérature fleurit dans tous les peuples et tous les pays. Elle résonne par exemple de noms qui viennent à présent sous ma plume comme Al-Maghout, Ady, Benni, Brecht, Byron, Brink, Celaya, Cervantès, Chalamov, Darwich, De Luca, Djaout, Erasme, Garcia Lorca, García Márquez, Gorki, Hikmet, Ionesco, Kateb, Levi, London, Machado, Maïakovski, Moravia, More, Neruda, Orwell, Petőfi, Saramago, Shakespeare, Steinbeck, Tcharents, Twain...

D) La littérature engagée française

Du 16ème au 20ème siècle, la littérature française a profité d’une attention particulière de la part du pouvoir politique pour valoriser une langue socialement minoritaire dans son propre pays, pour contribuer culturellement à sa soif de rayonnement culturel sur l’Europe, pour contribuer à son récit de l’Histoire de France.

De nombreux auteurs ont profité de ce piédestal pour faire entendre leur voix. Ainsi, la littérature a joué en France un rôle culturel et politique, particulièrement pour les courants progressistes.

La raison principale me paraît être que la nation s’est construite de façon importante.

- contre la papauté aux prétentions théocratiques universelles

- puis contre la papauté alliée des Habsbourg (Autriche, Espagne, Pays Bas) qui visaient une hégémonie européenne totale

- Le Saint Siège pesa pour conserver le latin comme langue universelle contre l’émergence du français et autres langues nationales.

- Le souverain pontife s’opposa plusieurs fois au roi de France, comme durant le règne de Philippe le Bel où il lança contre lui un acte d’accusation (mars 1303) puis le fit arrêter le 8 septembre 1303 dans son palais.

Cette capacité d’auteurs importants à rester fortement indépendants de l’idéologie dominante de leur époque doit être notée. La base sociale de cette attitude contestataire se trouve essentiellement parmi les milieux urbains de marchands, artisans, chevaliers (particulièrement dans le Midi occitan).

La capacité de certains individus à jouer un rôle d’intellectuels éclairés ne doit pas être sous-estimée. Guilhèm de Tudèla, auteur de la première partie de la Chanson de la croisade albigeoise est un homme d’église, favorable aux croisés mais capable de dénoncer des massacres horribles comme la prise de Béziers et de Lavaur. La répression est telle que l’auteur de la seconde partie, excellent poète, a choisi l’anonymat ; comme l’affirme wikipedia « Bien que catholique, il se montre de temps en temps très anticlérical. Il est engagé contre la croisade et défend constamment les idées de valeur et d’honneur (parage) qui sont celles de la société occitane médiévale. »

Le Roman de Renart représente un autre exemple intéressant. Rédigé par une trentaine d’auteurs différents qui utilisent la renommée du titre, il met en scène des animaux pour dresser une critique malicieuse de la société médiévale ; ainsi le blaireau Grimbert campe le clergé et l’ours Brun personnifie la noblesse. Parmi les personnages, notons l’âne Baudoin (secrétaire du roi) et le chameau Musart (légat du Pape).

La culture républicaine française portée par l’institution scolaire valorisait des auteurs caractéristiques d’une " littérature qui entraîne l’homme vers l’amélioration de la condition des hommes et vers l’humanité" (Sartre) : D’Aubigné, Rabelais, Marot, Théophile de Viau, Gassendi, La Fontaine, Molière, Meslier, Voltaire, Diderot, Rousseau, Beaumarchais, Condorcet, Dumas, Hugo, Sue, Sand, Zola, Baudelaire, Vallès, Rimbaud, Barbusse, Breton, Desnos, Péret, Vian, Camus, Eluard, Fanon, Sartre, Beauvoir, Aragon, Césaire, Prévert... Même Villon, Montaigne, Régnier, Corneille, Racine, La Bruyère, Fontenelle, Montesquieu, Flaubert, Balzac, Malraux et d’autres ne manquaient pas d’intérêt dans cette histoire.

E) Quelques auteurs engagés français présentés sur notre site

Agrippa d’ AUBIGNÉ, poète engagé, militant et armé

Christine de Pisan, première auteure féministe (1365 - 1430)

Jean de La Fontaine, poète engagé et libre, poète du peuple

Pierre Corneille : Politique et amour

Anatole France, écrivain républicain, proche de Zola et Jaurès

Henri Barbusse, écrivain des poilus de la Première guerre mondiale

Le drapeau rouge (texte d’André Breton)

Le «  nouveau polar  » français de l’après-68 (par Ernest Mandel)

Aragon, un destin français (1897-1982), ouvrage remarquable de Pierre Juquin

Serge Pey, guérillero du poème et résistant du sens

6 juin 1832 La dernière barricade (Les Misérables, roman de la fraternité humaine 3) par Victor Hugo

22 février 1944 Robert Desnos, poète, est arrêté par la gestapo

Jules Vallès, Don Quichotte de la République Sociale

Le 23 juin 1959 mourait Boris Vian

Bernard Clavel est mort. « la gloire et l’honneur de l’homme, sa liberté et sa dignité, c’est l’amour ; sa seule patrie, c’est la Vie. »

30 mai 1878 Centenaire de la mort de Voltaire (intervention de Victor Hugo)

Il y a 55 ans décédait Albert Camus

L’égalité évangélique contre l’inégalité païenne (George Sand)

2 février 1832 Gérard de Nerval est incarcéré à Sainte Pélagie

Notre ami Thierry Jonquet, mort le 9 août 2009, un conteur de nos colères (par Françoise Filoche)

Interview de Fred Vargas dans Télérama

Parti en silence à 67 ans : Jean-François Vilar, étoile filante du roman noir

« Genet est une sorte de paria institutionnalisé, une figure de l’écart, du retournement » par Agnès Vannouvong

1968 était la première année du monde (Annie Ernaux)

5 décembre 1870 Décès d’Alexandre Dumas

La Comédie humaine de Balzac : l’histoire la plus merveilleusement réaliste de la société française

Gustave Flaubert parle des bohémiens à George Sand ( 12 juin 1867)

Liberté (Paul Eluard)

Maîtres et esclaves (Marivaux)

Le capitalisme en pages de roman ( Mont-Oriol par Maupassant, 1887)

Lamartine contre le capitalisme (9 mai 1838)

Pierre de Ronsard : Contre les bucherons de la forest de Gastine

Verlaine progressiste et révolutionnaire : Les vaincus

Rubrique Zola (4 articles) http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

Rubrique Rimbaud : http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

Jacques Serieys le 3 août 2006


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