Des femmes dans l’histoire

jeudi 15 juin 2017.
 

Depuis des millénaires, de nombreuses femmes connues et inconnues, à l’esprit libre, aux idées émancipatrices d’une part ont contribué à humaniser les sociétés hors des oppressions ancestrales, d’autre part ont essayé de vivre de façon autonome non soumise à l’oppression patriarcale.

1) Préhistoire

Le rôle des femmes dans les sociétés de la préhistoire est mal connu. Quelques faits avérés nous éclairent cependant un peu.

Concernant la plus grande partie de la préhistoire, Jacques Dupuis résume bien la question « La paternité physiologique étant inconnue, il n’existait pas de pères au sens actuel du terme : notre famille conjugale (ou nucléaire) ne pouvait donc pas exister. L’erreur que commettent la plupart de nos contemporains, c’est de projeter notre conception familiale sur le passé préhistorique. Il ne pouvait exister alors que des institutions protofamiliales, c’est-à-dire des groupes très larges, dont la cohésion était assurée seulement par les mères ; d’où l’expression de sociétés matrilinéaires ».

Aux débuts du néolithique, il semble que le rôle prédominant des femmes dans la filiation et donc dans la structure familiale clanique se soit maintenu « Il y a tout lieu de penser que parmi les conditions de vie qui prévalaient à l’ère du néolithique primaire, les droits de la mère et ceux du clan dominaient encore (comme c’était le cas à l’ère paléolithique). Les droits fonciers se transmettaient par la lignée maternelle. Il est tentant de croire que les premières sociétés néolithiques, s’échelonnant sur une vaste période de temps et d’espace, ont accordé aux femmes un statut supérieur à celui qui leur fut dévolu par la suite. » - Jacquetta Hawks, archéologue britannique.

Logiquement, les premières représentations humaines (en pierre, os ou argile) concernent beaucoup plus souvent les femmes que les hommes ; l’accent mis sur leur féminité (sexe, seins, fesses...) symbolise le rôle donné aux grandes déesses comme Grande mère de toute vie (dieux, humains, animaux, plantes...). Les Vénus de Laussel et de Willendorf ont 35000 ans.

Dieu le Père fut Déesse Mère durant des millénaires

2) Antiquité

L’importance des déesses mères décroît durant l’Antiquité mais sans disparaître, loin de là. En témoignent le rôle central de divinités comme Cybèle, Astarté et Artémise parmi les peuples du Proche-Orient, Ishtar pour les Babyloniens ou Inanna pour les Sumériens, Tanit (Didon) pour les Carthaginois, Mélusine pour les Gaulois, Démeter pour les Grecs, Turan pour les Etrusques...

Cybèle, grande déesse antique

Ces civilisations antiques nous livrent un grand nombre de reines. Durant plus d’un millénaire la tradition misogyne de la féodalité et de l’Eglise affirmera que les femmes sont des êtres imparfaits mi-adultes mi-enfants, incapables d’assumer des fonctions importantes. Seule, la mémoire de ces reines antiques contrariait cette argumentation réactionnaire.

Citons donc particulièrement : Artémise 1ère (reine d’Halicarnasse), Hatchepsout et une vingtaine d’autres reines-pharaons d’Egypte dont la célèbre Cléopatre VII, Amanishakhéto (reine de Nubie dont les armées tinrent tête aux Romains sous Auguste), Sophonisbe (reine des Numides), Zénobie (reine de Palmyre), Kubaba (reine de Summer), Dynamis (reine du Pont). N’oublions pas des personnalités partiellement légendaires aussi importantes que Sémiramis (fondatrice de Babylone) et Tomyris (reine des Massagètes, considérée dans l’Antiquité comme le dernière souveraine des Amazones).

Amazones de l’Antiquité : une réalité obscurcie par les mythes

Parmi les femmes de l’Antiquité, signalons Hypatie d’Alexandrie qui entre bien dans notre sujet

Hypatia : 370/415, d’une très grande culture, mathématicienne et philosophe, dirige l’école néo-platonicienne d’Alexandrie, fut assassinée par des chrétiens fanatiques . Un livre pour la faire découvrir aux jeunes (et moins jeunes) : Arnulf Zitelmann, Hypatia, École des Loisirs, 1989.

Pâques 415 Hypatie d’Alexandrie (Egypte), scientifique, philosophe, est mise à nue, découpée vive, brûlée par les fanatiques chrétiens de Saint Cyrille

Dans la Chine antique, Liu Xiang, parent de la famille dynastique Han et historien a rédigé de nombreux récits éducatifs concernant des personnalités féminines chinoises.

3) Moyen Age

Plusieurs reines marquent encore l’histoire de cette période comme Kahina (reine des Berbères Zénètes), Wu Zetian (impératrice chinoise dont plusieurs décrets prennent en compte spécifiquement l’oppression des femmes), Mandukhaï Khatun (reine des Mongols), Meishō (et une dizaine d’autres impératrices du Japon)...

A cette époque, les femmes peuvent également accéder au trône dans tous les royaumes et autres principautés d’Europe. Citons particulièrement Aliénor d’Aquitaine, épouse du roi de France puis d’Angleterre, protectrice des troubadours occitans, qui joua un rôle politique important dans l’Europe médiévale. Citons aussi plusieurs reines de Naples, de Navarre, du Portugal, de Suède, Tamar (reine de Géorgie), Marie Ire de Hongrie, Marguerite Ire de Danemark, Marguerite Ire d’Écosse, Hedwige Ire de Pologne, Pétronille d’Aragon, Isabelle Ire de Castille, dite Isabelle la Catholique, Catherine II (empire latin de Constantinople), Isabelle (royaume arménien de Cilicie), Parsbit (reine des Khazars), Mathilde l’Emperesse (Saint Empire, Angleterre), Jelena Gruba (reine de Bosnie), Constance de Bretagne...

L’histoire de la reine des Tchèques Libuše vaut par la guerre des femmes commandées par sa compagne Vlasta, racontée par plusieurs récits.

Histoire tchèque : Vlasta et la guerre des filles

La personnalité la plus féministe et la plus intéressante du Moyen Age pour le sujet de notre article, se nomme Christine de Pisan, philosophe et poétesse, née à Venise en 1365, ayant vécu à la cour du roi de France ensuite, décédée à Poissy en 1430.

Christine de Pisan, première auteure féministe (1365 - 1430)

Parmi les femmes ayant franchi le seuil de la renommée, Jeanne d’Arc s’impose de toute évidence. N’oublions pas qu’elle est condamnée au bûcher, en particulier parce qu’elle maintient sa volonté de porter un pantalon, vêtement que les juges d’Eglise considèrent comme réservé aux hommes.

Jeanne d’Arc, jeune, femme, passionnée, rebelle

La cathare Esclarmonde de Foix mérite aussi de ne pas être oubliée.

4) Renaissance

Pour l’essentiel, cette période n’apporte pas grande amélioration pour les femmes. Leur situation économique et juridique ne s’améliore pas comme l’a bien analysé Ruth Kelso.

N’oublions pas que les filles peuvent alors être mariées par les parents dès l’âge de 7 ans en milieu populaire, que la ceinture de chasteté est encore une réalité au 16ème siècle. Le droit de cuissage (même non légalisé) correspond à une réalité comme l’a montré l’étude de JL Flandrin ; « les filles mères sont pour la plupart servantes ou ouvrières » et les pères des religieux condamnés au célibat, des seigneurs, des propriétaires terriens riches... N’oublions pas non plus la poursuite des chasses aux sorcières de la part d’inquisiteurs qui considèrent toujours la femme comme un suppôt de Satan.

Les grands humanistes s’avèrent souvent d’ignobles petits misogynes comme Erasme (« La femme est un animal inapte et ridicule... La femme est toujours femme, c’est à dire stupide ») ou le théologien Jean Louis Vivès (« Entre les animaux les femelles naturellement obtempèrent aux mâles, les suivent, flattent et permettent être chatiées d’iceux... L’homme use de ses droits comme seigneur de la femme... »).

Thomas More, par contre, fait étudier ses filles qui deviennent fort cultivées en grec et latin, en philosophie, science, poésie et théologie... L’aînée, Margaret Roper, écrivit plusieurs ouvrages, encore non publiés.

Thomas More, auteur de L’Utopie

Thomas More dénonce la naissance du capitalisme

Le courant le plus avancé de l’époque, à savoir le protestantisme, maintient les avanies misogynes héritées de l’Antiquité et du Moyen Age (tout en supprimant les plus idiotes). Les affirmations de Luther sur le sujet sont catégoriques « Pour ce qui est de la politique et des affaires publiques, elles sont incapables ; ce sont les hommes et non les femmes qui ont été commis par Dieu à ce genre d’affaires et qui ont été créés pour cela » (Propos de table). Que les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur telle Sara qui obéissait à Abraham, l’appelant son seigneur (Petit catéchisme...). Affirmer cela n’empêche pas de reconnaître le rôle important de femmes dans le développement du protestantisme et même un courage magnifique chez nombre de ces huguenotes.

Nous pouvons seulement constater le rôle plus important qu’au Moyen Age de femmes au rang social élevé comme Jeanne d’Albret, Renée de France, Anne de Bretagne... Marguerite de Navarre se distingue par sa culture, son autonomie personnelle, sa protection accordée à des intellectuels ouverts comme Rabelais ou Lefèvre d’Etaples. Notons la tirade anti-machiste de sa Quinzième nouvelle (Heptaméron) « Entendez, monsieur, que jamais femme n’aima autant mari que je vous ai aimé... Et vous ne pouvez ignorer quel traitement j’ai eu de vous jusques ici... A la fin, me voyant grande et estimée belle d’un chacun, fors de vous seul... l’amour que je vous portais s’est converti en haine. »

Parmi les textes d’aspiration féministe, signalons les Oeuvres de Louise Labé. Voici sa dédicace à Clémence de Bourges « Etant le temps venu, Mademoiselle, que les sévères lois des hommes n’empêchent plus les femmes de s’appliquer aux sciences et disciplines, il me semble que celles qui ont la commodité, doivent employer cette honnête liberté que notre sexe a autrefois tant désirée, à icelles apprendre, et montrer aux hommes le tort qu’ils nous faisaient. »

5) 17ème et 18ème siècles : Révolutions et Lumières

Emilie du Châtelet, philosophe des Lumières, femme savante et libérée

6) La Révolution française

Pauline Léon et Claire Lacombe, animatrices de la Société des républicaines révolutionnaires, exclusivement féminine, définie par Daniel Guérin comme « en quelque sorte la section féminine du mouvement des Enragés ». Pauline Léon participe activement au mouvement révolutionnaire parisien depuis 1789, membre du Club des Cordeliers ainsi que de la Société fraternelle des patriotes de l’un et l’autre sexe aux côtés de Varlet (dirigeant des Enragés) ; fin novembre 1793, elle épouse Jean-Théophile Leclerc, autre dirigeant des Enragés... Claire Lacombe est une actrice de théâtre réputée lorsqu’éclate la Révolution française dans laquelle elle prend une part très active, par exemple lors de l’assaut du Palais des Tuileries (10 août 1792) ; ses contemporains s’accordent sur sa beauté et sur son aura dans les milieux populaires. Ce club fondé en février 1793 fut interdit à l’automne de la même année, Pauline Léon et Claire Lacombe incarcérées comme les Enragés et Hébertistes.

Olympe de Gouges : 1748/1793 : première femme guillotinée sous la révolution et la seule à l’avoir été pour avoir écrit et diffusé des écrits politiques. Textes d’une très grande modernité ! " ...Et puisqu’il est question en ce moment, d’une éducation nationale voyons si nos sages législateurs penseront sainement sur l’éducation des femmes". "Si les femmes ont le droit de monter à l’échafaud, alors elles ont aussi le droit de s’exprimer à la tribune." (extrait de la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. )

Olympe de Gouges et sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, septembre 1791

Mary Wollstonecraft  : 1759/1797 : née à Londres, enseignante, journaliste, militante féministe, et ardente défenseure de la révolution française, crée à Londres avec une amie une école de filles. Publie en 1792 la "défense du droit des femmes" ; la même année, vient en France pour voir de plus près la Révolution, se lie d’amitié avec Condorcet et sa femme Sophie de Grouchy. Revendique la complète égalité civile et politique des hommes et des femmes. Se prononce pour la coéducation, pour la gratuité de l’école élémentaire et la suppression des barrières ségrégatives entre classes sociales à l’école : "le gouvernement devrait créer des externats pour des tranches d’âge données dans lesquelles les garçons et les filles pourraient être instruits ensemble. L’école pour les plus jeunes ; de cinq à neuf ans, devrait être absolument gratuite et ouverte à toutes les classes sociales..." Sa fille Mary épousa le poète anglais Percy Shelley, et écrivit le célèbre Frankenstein ou le Prométhée moderne.

7) Femmes rebelles en Amérique latine

Parmi les femmes qui s’illustrèrent durant les guerres d’indépendance face à l’armée espagnole, nous retiendrons seulement pour ne pas être long, Manuela Saenz Aizpuru née en 1797 (fille hors mariage de María Joaquina de Aizpuru qui mourut en couches), appelée par ses contemporains la colonelle, la libératrice des Andes, la libératrice du Libertador :

- Elle apparaît comme la plus représentative des femmes qui jouèrent un grand rôle dans les luttes de libération face à l’Etat colonial espagnol. Pour son activité indépendantiste, le général argentin José de San Martín, après qu’il se fut emparé de Lima avec ses miliciens et qu’il eut proclamé l’indépendance du Pérou le 28 juillet 1821, décerna à Manuela le titre de chevalière de l’ordre du Soleil du Pérou. Elle se joint ensuite au bataillon d’élite des Voltigeurs de la Garde, commandé par son demi-frère et placé sous les ordres du général Antonio José de Sucre, qui se dirige vers Quito. C’est dans cette ville qu’elle rencontre Simón Bolívar pour la première fois le 16 juin 1822. Elle devient sa compagne et le sauve d’une tentative d’assassinat le 25 septembre 1828 en s’interposant vaillamment face aux meurtriers pour lui permettre de se sauver. Proscrite après le décès de Bolivar en 1830, elle survit à l’étranger par des travaux de broderie et de pâtisserie avant de s’éteindre en 1856.

- pour son autonomie en tant que femme. A 17 ans, elle fuit le couvent pour filer une amourette avec un officier. A 19 ans, elle se marie avec un médecin anglais fortuné qu’elle quittera, déclarant plus tard qu’elle ne pouvait aimer un homme qui riait sans rire, qui respirait mais ne vivait pas, et qui lui inspirait les répulsions les plus vives. Compagne de Simon Bolivar de 1822 à 1830.

8) Femmes au coeur de la Révolution de 1848

Définie comme la révolution des femmes par les travaux de plusieurs historiennes comme Michèle Riot-Sarcey, Christiane Veauvy et Christine Fauré, il est certain que cet évènement marque une rupture dans l’histoire des femmes :

- par leurs journaux et revues comme La Voix des femmes d’Eugénie Niboyet.

- par l’action et l’audience d’une écrivaine comme George Sand, la personnalité féminine symbole du moment, violemment dénoncée par les journaux conservateurs. Notons sa façon très moderne de poser la question du rôle politique des femmes « Les femmes doivent-elles participer un jour à la vie politique ? Oui, un jour, je le crois avec vous, mais ce jour est-il proche ? Non, je ne le crois pas... La femme étant sous la tutelle et dans la dépendance de l’homme par le mariage, il est absolument impossible qu’elle présente des garanties d’indépendance politique, à moins de briser individuellement et au mépris des lois et des moeurs, cette tutelle que les moeurs et les lois consacrent... Quant à vous, femmes qui prétendez débuter par l’exercice des droits politiques..., quel bizarre caprice vous pousse aux luttes parlementaires, vous qui ne pouvez pas seulement y apporter l’exercice de votre indépendance personnelle ? Vous prétendez représenter quelque chose, quand vous n’êtes pas seulement la représentation de vous-mêmes. »

- par la façon dont la question du vote individuel commence à être posée comme l’a bien noté Anne Verjus : le passage d’une conception familialiste du vote, qui faisait du père de famille le représentant « naturel » des siens à une conception individualiste, selon laquelle le vote est un acte personnel, indépendant et potentiellement secret

- par le premier combat politique mené en faveur de l’égalité hommes femmes. Voici par exemple la démarche exposée par Jeanne Deroin « La société est fondée sur la famille : si la famille est fondée sur l’inégalité, la société reprendra son vieux pli... C’est parce que la femme est l’égale de l’homme et qu’elle ne lui est pas semblable, qu’elle doit prendre part à l’oeuvre de la réforme sociale. »

- l’écrasement des courants ouvriers socialistes en juin 1848, la progression des courants libéraux et conservateurs jusqu’au coup d’état de Napoléon 3 conduit à l’essoufflement du mouvement des femmes. Laissons à l’historienne et féministe Michelle Perrot le mot de la fin sur le sujet. « Caricaturées, moquées, dans un déferlement d’antiféminisme que seule explique la peur éprouvée de leur présence, les "femmes de 1848", exilées (ainsi pour Jeanne Deroin et Jeanne-Désirée Gay), emprisonnées, déportées (Pauline Roland), réduites au silence, sombrent dans l’oubli, tandis que triomphent bourgeoises et demi-mondaines à crinoline, dames de charité et "petites femmes de Paris" ».

9) Femmes du mouvement ouvrier et socialiste révolutionnaire

9a) Femmes de la Commune

Louise Michel : 1830/1905 : institutrice, lutte pour l’émancipation des femmes par l’éducation, s’engage dans la Commune comme conférencière, ambulancière et soldat. Déportée en Nouvelle Calédonie, suite à la répression de la Commune, elle enseigne aux canaques.

16 décembre 1871, Louise Michel devant ses juges militaires "Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi"

Ces femmes de la Commune...

9b) Deuxième Internationale

Au sein de la deuxième internationale et particulièrement du Parti Social-Démocrate allemand, plusieurs femmes ont joué un rôle majeur. C’est le cas en particulier de :

Rosa Luxembourg

« Rosa Luxemburg une femme totale » (entretien avec Anouk Grinberg)

L’apport de Rosa Luxemburg (Daniel Bensaïd)

Clara Zetkin

Clara Zetkin, révolutionnaire féministe

9c) Parti bolchevik

Citons seulement les plus connues :

- Alexandra Kollontaï, théoricienne bolchevik de l’amour libre Jacques Serieys 188 visites

- Inès Armand, féministe bolchevik... une vie au rythme d’épopée Jacques Serieys

- Nadejda Kroupskaia Elle naît le 26 février 1869 dans une famille de petite noblesse engagée politiquement sur des idées progressistes. Devenue enseignante, Nadejda se consacre à l’alphabétisation des enfants et des adultes de familles ouvrières en donnant des cours du soir aux travailleurs dans une école du dimanche de Saint-Pétersbourg. Elle participe à un cercle marxiste illégal en 1891, arrêtée et déportée durant trois ans. Elle épouse Lénine en 1898 et jouera un rôle très important dans le parti bolchevik, organisant en particulier le réseau clandestin de l’Iskra.

10) Quelques françaises

18 juillet 1898 Marie Curie découvre le polonium puis le radium

Marcelle Capy Une voix féministe pacifiste de 1913 à 1918

Héroïnes de la Résistance antifasciste Lucie Aubrac, M-C Vaillant-Couturier...

16 novembre 1943 : Olga Bancic, grande résistante, est arrêtée par quelques raclures de la police française au service des nazis

Mai 68 et les mouvements femmes des années 1970 en France (par Josette Trat)

26 août 1970 : le MLF a quarante cinq ans

Germaine Tillion : 1907/ 2008 : Ethnologue, humaniste, résistante, part en 1934 dans le Sud Algérien découvrir le peuple berbère de l’Aurès, en 1940 : devient résistante, crée le réseau du Musée de l’Homme, internée au camp de Ravensbruck de 1942 à 1945. repart en Algérie en 1954, se consacre à la lutte contre la misère en organisant l’éducation des enfants et des adultes en créant des centres sociaux. Après la fin de la guerre d’Algérie, reprend son activité d’enseignante et de chercheuse, élue directrice de l’ecole Pratique des Hautes Etudes. Publie l’étude sur les structures familiales "Le harem et les cousins". Est de tous les combats pour le "vrai et le juste", dénonce la torture en Algérie, les camps staliniens en URSS. A lire entre autres : "Ravensbrück", "A la recherche du vrai et du juste, textes réunis et présentés par Tzvetan Todorov" 2001.

Hommage à Germaine Tillion, une femme "debout", ethnologue, Résistante, déportée à Ravensbruck, engagée à gauche

Madeleine Pelletier 1874/1939 : prépare seule à 20 ans le bac , devient médecin psychiatre, et sera la première femme interne des asiles. En 1899 dans sa deuxième année en faculté : sur 4500 étudiants, il n’y a que 129 femmes dont 100 étrangères. A travers ses nombreux écrits, elle est la première femme à distinguer le sexe biologique de l’identité sexuelle psychologique et bien avant Simone de Beauvoir affirme qu’on ne nait pas femme, on le devient.

Alexandra David-Neel : 1868/1969 : Fille d’un instituteur républicain , militant de la révolution de 1848, contraint à l’exil après le coup d’état bonapartiste de 1851. On connait d’elle surtout son côté grande voyageuse infatigable ( déguisée en mendiante, elle marche pendant 5 mois en 1923 pour arriver à la capitale du Tibet, alors interdit aux étrangers, en compagnie d’un jeune lama qui deviendra son fils adoptif) et sa conversion au bouddhisme, mais sa personnalité fut plus complexe, elle fut aussi une militante féministe aux positions libertaires, écrivaine, conférencière, photographe ( lire entre autres "Pour la vie, textes libertaires inédits 1895-1907 ).

Marie Guillot : 1880/1934 : pédagogue d’avant garde, pacifiste, pionnière du syndicalisme enseignant. Pour la première fois en France, une femme accède en 1922 aux fonctions de secrétaire d’une grande confédération syndicale : la CGT U. A lire : de Slava LISLEK, "Marie Guillot, de l’émancipation des femmes à celle du syndicalisme". L’Harmattan.

11) Quelques femmes de par le monde au 20ème siècle

Isabelle EBERHARDT : 1877/1904 née à Genève : écrivaine voyageuse, part dans le sud algérien au début du XXème siècle habillée en homme. Partagea la "fin" de sa vie trop brève avec un soldat franco-musulman. Ecrits nouvelles, récits, reportages... "Pour qui connait la valeur et aussi la délectable saveur de la solitaire liberté (car on n’est libre que tant qu’on est seul), l’acte de s’en aller est le plus courageux et le plus beau. Egoïste bonheur, peut être. mais c’est le bonheur, pour qui sait le goûter. Etre seul, être pauvre de besoins, être ignoré, étranger et chez soi partout , marcher, solitaire et grand à la conquête du monde... " "tout ce besoin peureux d’immobilité ressemble à la résignation inconsciente de la bête que la servitude abrutit, et qui tend le cou vers le harnais."

Le maréchal Lyautey écrivit à son propos : " elle était ce qui m’attire le plus au monde : une réfractaire. Trouver quelqu’un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation , de tout clivage et qui passe à travers la vie, aussi libérée de tout que l’oiseau dans l’espace, oui quel régal, J’aimais ce prodigieux tempérament d ’artiste, et aussi tout ce qui en elle faisait tressauter les notaires, les caporaux, les mandarins de toit poil".

Rebecca West  : 1892/1983 : romancière anglaise, féministe et suffragette. "Je n’ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c’est que les gens me traitent de féministes chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson".

Rosa Louise Parks : 1913/2005. Figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux Etats Unis, participe au mouvement des droits civiques. Le 1 er décembre 1955, en Alabam, elle refuse de céder sa place dans un bus à un passager blanc. Un jeune pasteur encore inconnu , Martin Luther King lance le boycott de la compagnie de bus pendant plus d’un an. En 1962, la cour suprême des USA déclare la ségrégation anti constitutionnelle. Citations de Rosa Parks en 1988 : "Nous devons redoubler d’efforts pour essayer d’inspirer notre jeunesse et l’inciter à vouloir étudier notre héritage ainsi qu’à savoir ce que cela signifie d’être noir dans l’Amérique d’aujourd"hui". " Jusqu’à présent, je crois que nous sommes sur la planète Terre pour vivre, nous épanouir et faire notre possible pour rendre ce monde meilleur afin que tout le monde puisse jouir dela liberté."

1er décembre 1955 Arrestation de Rosa Parks pour ne pas avoir cédé sa place à un Blanc dans un bus

Malika Mokeddem : 1949 née en Algérie, vit maintenant dans le sud de la France : médecin, puis arrête d’exercer à la fin des années 80, a écrit une dizaine de livres ( Le siècle des sauterelles, L’ interdite, Des rêves et des assassins, Les hommes qui marchent, La transe des insoumis). A été menacée de mort. " La solitude a été l’une de mes premières conquêtes. De mes premières libertés. Durant l’enfance et l’adolescence, elle a d’abord été celle de l’insomnie, puis de la lecture. Dès que j’ai saisi un livre, j’ai été ailleurs. Le livre a été mon premier espace inviolable".

Taslima Nasreen : 1962 née au au Bangladesh. Médecin, romancière, journaliste et poète. Contrainte à l’exil en 1994 pour ses romans jugés blasphématoires par les fondamentalistes musulmans et les gouvernements du Bangladesh et de l’Inde, victime d’une fatwa comme le fut l’écrivain Salman Rushdie. Réfugiée en Suède, elle repart au Bengale, en Inde, en 2005 , où devant la pression orchestrée par une minorité d’islamistes, le gouvernement local sous prétexte de la protéger, l’assigne pendant plus d’un an, dans un appartement -prison. Elle doit se résoudre pour des problèmes de santé à reprendre le chemin de l’exil. Malgré ces menaces permanentes, elle entend continuer à se battre "pour les droits de l’homme et la liberté et, plutôt que pour la réforme de l’Islam, pour l’instauration de démocraties laïques où il y a une claire séparation entre la religion et l’état."

Angela Davis, la rebelle, condamnée à mort, est acquittée le 4 juin 1972

Jacques Serieys

Je voudrais citer le nom d’autres femmes d’hier et d’aujourd’hui qui me viennent à l’esprit, qu’on ne devrait pas oublier, bien d’autres restent encore hélas dans l’ombre : Rosa Luxembourg, Séverine, Clara Zetkin, Flora Tristan, Emma Goldman, Louise Weiss, Hélène Brion, Margarete Buber-Neumann, Milena Jesenska, Camille Claudel, Shirley Chislom première femme noire élue au Congrès en 1968, Pauline Kergomard, Helen Keller, Lou Andréas Salomé, Simone Weil (la philosophe), Doris Lessing, Angela Davis, Susan Sontag, Anna Politkovskaïa, Chardortt Djavann, Goliarda Sapienza, Andrée Chédid, Florence Aubenas...


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