Parti de Gauche pour une gauche de gauche

mardi 23 août 2016.
 

- Texte du 27 novembre 2008

- 1) Quel nom de parti pour quel but ?

- 2) Gauche : un nom générique hérité de l’histoire pour un parti creuset...

- 3) Un exemple utile : la renaissance rapide de la gauche en 1849 1850

- 4) Gauche car beaucoup de Français s’en reconnaissent acteurs...

- 5) Parti de gauche pour construire la force motrice d’une gauche antilibérale autonome et rassembleuse

1) Quel nom de parti pour quel but ?

Sitôt choisi le nom envisagé pour notre nouveau parti, les critiques ont plu, de la part de l’extrême gauche en particulier pour qui ce nom serait source de confusion.

Je respecte le point de vue des puristes en vocabulaire révolutionnaire mais je voudrais leur proposer de nous comprendre.

Quelques milliers de militants déjà organisés sont intéressés par la question théorique du label organisationnel. Nous ne cherchons pas à les concurrencer sur leur terrain, pas du tout. Nous souhaitons par contre, passer à l’action avec eux sur l’essentiel, parce que sur cet essentiel, aujourd’hui, seule la victoire compte et cette victoire urge.

Notre but n’est pas de nous positionner comme les "vrais de vrai" de je ne sais quelle théorie. Notre but n’est pas d’organiser les meilleurs des convaincus. Notre but, c’est de prendre la direction de la gauche, la direction de la mouvance politique héritée de la révolution Française, du combat laïque et républicain, de Jaurès et de la Résistance anti-nazie, héritée aussi des nouveaux mouvements apparus depuis 1968 (écologie, féminisme, altermondialisme anticapitaliste...). Face à la droite et à l’extrême droite, face au grands patrons et aux nantis, face aux USA et à l’Europe libérale, face au social-libéralisme, nous voulons construire une gauche claire, unitaire et combattante.

2) Parti de Gauche : un nom générique hérité de l’histoire pour un parti creuset à vocation majoritaire

Le Parti de Gauche se constitue comme organisation essayant de rassembler des socialistes se réclamant de Jaurès, des républicains se réclamant de Robespierre, des communistes, des humanistes effrayés par le capitalisme financier transnational, des trotskistes en déshérence, des anarchistes en recherche d’action collective utile...

Dans quel but ? encore une fois un but politique à assez court terme : réussir à bloquer le rouleau compresseur du capitalisme, réussir à sortir par le haut en internationalistes du moule mortifère de l’Union Européenne, regagner une majorité des électeurs de gauche sur une vraie politique de gauche, aider le syndicalisme à inverser le rapport de forces face au MEDEF.

Nous ne gagnerons pas l’assentiment d’un très grand nombre de travailleurs et citoyens, si possible une majorité d’électeurs sans rassembler bien plus largement encore que les courants d’idées actuels du Parti de Gauche naissant.

Or, la Gauche française a rassemblé plusieurs fois utilement les progressistes dans l’histoire de notre pays, dans le même type de situation critique, pour s’adresser de façon crédible aux citoyens.

Je voudrais ici prendre l’exemple important de la constitution d’une gauche à vocation majoritaire par les démocrates-socialistes (également nommés "les rouges" à l’époque) après la révolution de février et le massacre de juin 1848.

3) Un exemple utile : la renaissance rapide de la gauche en 1849 1850

À l’orée de 1849, le courant de la Démocratie Socialiste naît d’une double défaite, défaite des exigences sociales portées par le mouvement ouvrier, défaite des espérances républicaines placées dans le suffrage universel (masculin) institué en mars 1848 par la toute jeune République. En juin, combattu par les républicains « modérés », désavoué par les « Montagnards » radicaux, le prolétariat parisien acculé à la désespérance avait préféré le fusil au bulletin de vote. Dorénavant, les vaincus réchappés de la terrible répression campaient farouchement en marge de cette République.

En amont et en aval de ce trauma majeur, le suffrage à peine instauré avait porté au pouvoir une Assemblée « modérée » et conservatrice (avril 1848), puis un Président démagogue populiste mais tenant affirmé de l’ « Ordre » alors que Raspail, candidat des démocrates-socialistes n’avait obtenu que 0,49% des suffrages (décembre 1848).

Les moins motivés pensaient abandonner la politique, d’aucuns envisageaient le retour à l’activisme des « minorités agissantes », ou la fuite dans l’utopie cabétiste [5]. Et, entre ceux qui n’abandonnaient pas, passait toujours l’opposition de classe petits-bourgeois - hommes du peuple, renforcée par l’ombre sanglante de Juin [6]. C’est pourtant dans cette situation d’extrême faiblesse que va naître la Démocratie socialiste, coalition de démocrates radicaux petits-bourgeois et de militants de différentes chapelles socialistes, voire communistes, dans la perspective des élections législatives de mai 1849.

Les « Rouges » faisaient ainsi preuve d’une triple vertu : courage politique permettant l’unité (certes bien fragile) de courants réformistes et de courants révolutionnaires, adhésion au jeu démocratique des institutions, obstination dans la conquête de l’opinion.

Aux législatives, le « Parti rouge » remporte 25 % des suffrages, et l’emporte dans nombre de départements.

En quelques mois, cette montée en force des « démosocs » a tenu a un facteur objectif : la rapide désillusion des couches populaires, rurales au premier chef, qui avaient voté Louis Napoléon. Mais elle a tenu aussi au programme du nouveau courant politique. Avec leurs projets de réforme du crédit et de la fiscalité, les Rouges prenaient la défense de la petite propriété paysanne, commerçante et artisanale, accablée par l’usure et par l’impôt. Par la reconnaissance du mouvement mutualiste, jugulé par le pouvoir, par l’encouragement à l’association des producteurs, le programme promettait aux ouvriers le droit à la santé et d’une certaine façon le droit au travail. Il correspondait aux espérances d’une partie importante de l’opinion populaire, qui avait pu s’en remettre quelques mois auparavant au candidat Louis Napoléon.

Intelligence politique encore : en rompant avec les utopies sociales, foisonnantes sous la Monarchie de Juillet, et avec les projets tout ficelés d’une République salvatrice, chers aux chapelles révolutionnaires, la notion de Gauche prenait un autre sens. La Gauche émane du peuple et est à son service, son programme économique et social est clairement opposé à celui des conservateurs, il est immédiatement réalisable et elle s’engage à l’appliquer en cas de victoire.

À propos des valeurs et du programme des Démocrates Socialistes (1849-1851) René Merle

Plusieurs exemples du même type pourraient être avancés. Signalons-en deux pour lesquels nous avons déjà mis un texte en ligne :

- face à la royauté au début de la Révolution française

27, 28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

- face au fascisme français soutenu par le patronat en 1934

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

4) Gauche car beaucoup de Français s’en reconnaissent acteurs ou sympathisants

Plus de 40% de notre pays se considèrent de gauche et déclinent fort bien les fondements de ce marqueur politique, y compris lors d’enquêtes biaisées :

- contre le capitalisme, contre les "gros" qui accaparent les richesses, pour une république démocratique et sociale (institutions, médias, droit du travail...). Contre la hausse permanente des revenus du capital, pour la hausse des salaires, retraites...

- contre une société fondée sur l’autoritarisme et l’ordre moral, pour la liberté, l’égalité et la fraternité

- contre l’extrême droite, maladie mortelle de l’histoire humaine, pour maintenir vivante la tradition républicaine française : le fascisme s’écrase dans l’oeuf.

- contre le nationalisme, pour la protection de notre peuple contre les dégâts du capitalisme mondialisé

- contre le racisme et la xénophobie, pour la fraternité universelle et internationaliste

- contre l’intégrisme religieux, pour la laïcité et la liberté de conscience

- pour la protection de l’environnement face au productivisme irresponsable

- pour la défense des services publics, moyen de l’égalité citoyenne

- pour la défense des retraites par répartition et de la sécurité sociale

- pour l’émancipation humaine dans toutes ses composantes (éducation, égalité homme femme, droit des enfants...)

Il serait ridicule de gaspiller un tel héritage politique de notre peuple ; mieux vaut le valoriser, le défendre, le renforcer.

Ce nom de gauche n’est d’ailleurs pas si pourri que ça pour que des listes d’extrême gauche se soient présentées sous des étiquettes comme : 100% à gauche, A gauche vraiment !...

En prenant pour nom Parti de Gauche, nous souhaitons prouver que nos luttes, nos campagnes, notre programme... sont héritiers des grands jours de la gauche lorsque son action a correspondu aux aspirations majoritaires de notre peuple (réduction du temps de travail, congés payés, protection sociale...). Le préambule constitutionnel hérité de 1946 n’est applicable aujourd’hui que sur une cohérence anticapitaliste.

5) Parti de gauche pour construire la force motrice d’une gauche antilibérale autonome et rassembleuse

Les critiques contre le nom de notre nouveau parti émanent généralement de militants expérimentés qui craignent de voir la nouvelle génération perdre son temps, se méséduquer dans un parti fourre-tout, semeur de confusion. Ils peuvent craindre aussi que nos grands discours se perdent rapidement dans de petits arrangements sordides avec les caciques de la social-démocratie municipale.

Je partage leurs craintes ayant connu dans les années 1960 à 1980 toute la trajectoire du PSU qui comptait au départ des adhérents remarquables. J’essaie, de ma place, de prémunir mon parti contre des erreurs passées. Cependant, le principal danger aujourd’hui, ce n’est pas de construire un nouveau parti et de tenter la construction d’un front de "l’autre gauche". Le principal danger aujourd’hui, c’est le repli sectaire et propagandiste, l’absence de projet progressiste crédible proposé à tout notre peuple, l’absence de soutien efficace aux luttes.

Sur ce point, les statuts ont une importance mais la volonté politique de construire un rapport de force politique central face au capital, face à la droite et à l’extrême droite, face au social-libéralisme en a encore plus. De ce point de vue, je tiens à insister sur l’importance des directions politiques tant départementales que régionales et nationales. C’est seulement au prix d’une construction pensée de ces équipes que nous serons capables de faire émerger une gauche anticapitaliste autonome vis à vis du social-libéralisme et rassembleuse de la gauche pour avancer le plus vite possible vers la révolution citoyenne.

Je ne prétends absolument pas que ce soit "la seule ligne juste" ; c’est une orientation politique difficile mais pouvant se rendre utile aujourd’hui plus que d’autres.

El pueblo unido, jamàs serà vencido !

Hasta la victoria siempre !

Jacques Serieys le 27 novembre 2008


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