18 mai 1804 Napoléon, empereur des Français

jeudi 2 novembre 2017.
 

La Révolution française de 1789 à 1794 a fait exploser la société millénaire d’Ancien régime, son rôle idéologique et social de l’Eglise, sa personnalisation de l’Etat dans le monarque héréditaire, son quadrillage géographique par les familles féodales...

Une nouvelle réalité s’est imposée, dans les campagnes avec l’affermissement d’une large paysannerie propriétaire, dans les bourgs et villes avec la vitalité des municipalités élues... Ceci dit, les tenants du royalisme n’admettent pas leur échec, continuent à mobiliser les Cours d’Europe pour combattre les régicides, continuent à organiser des complots dont celui de Cadoudal en février 1804...

La bourgeoisie ressent le besoin d’établir un régime stable pour favoriser la vitalité économique, pour protéger ses acquis face à un risque de rétablissement monarchique...

A) L’installation de l’empire

Comme forme de pouvoir, l’Empire succède au Consulat, prolonge ses efforts :

- pour réorganiser l’administration d’un Etat différent de celui d’Ancien régime, se présentant comme porteur de l’intérêt général sans être issu de la société.

- pour préciser les fondements juridiques d’une nouvelle société

Le 27 mai 1804, le Sénat se prévaut d’un risque de déstabilisation de l’Etat par les monarchistes (complot de Cadoudal en février 1804) pour proposer à Napoléon Bonaparte une fonction de chef d’Etat transmise ultérieurement par la voie héréditaire.

Le 18 mai 1804, un sénatus consulte (tradition romaine antique donnant valeur légale à un décret du Sénat) établit Napoléon comme empereur des Français.

La constitution de l’an XII validée ce même jour installe un pouvoir dont la nature ambigüe se voit résumée dès l’article 1 « Le gouvernement de la République est confié à un empereur qui prend le titre d’empereur des Français. » En fait, Napoléon comme la bourgeoisie financière, industrielle et coloniale souhaitent résorber les plaies laissées par la Révolution parmi les privilégiés d’Ancien régime afin de les intégrer dans le nouveau système et ainsi marginaliser les porteurs des idéaux d’égalité ; ainsi, en finir pour de bon avec le spectre de la Révolution sociale facilitée par la division des riches.

- Napoléon fonde sa légitimité par "la grâce de Dieu" mais ne se dispense pas de la légitimité populaire. Ainsi, le 6 novembre 1804, un plébiscite entérine les nouveautés institutionnelles par 3 572 000 suffrages pour le "oui" et 2572 pour le non.

- Le caractère césarien des institutions est concrétisé par le terme d’empereur, par l’importance donnée aux questions de succession héréditaire et de fonction impériale.

- l’empire sert les intérêts de la bourgeoisie qui veut protéger ses acquis de la Révolution aux dépens des privilégiés et des institutions d’Ancien régime. Cependant, cette bourgeoisie issue de la Convention thermidorienne, du Directoire et du Consulat a compris qu’elle n’obtiendrait pas l’intégration des anciennes familles nobles et d’une institution comme l’Eglise catholique sans compromis symboliques. Ainsi, par exemple, les membres de la famille impériale prennent le nom de princes et princesses impériales. L’article 14 stipule que "l’organisation du palais impérial" doit être "conforme à la dignité du trône et à la grandeur de la nation."

B) Le Premier Empire : prolongement d’une révolution bourgeoise en période de réaction

Le mouvement ouvrier socialiste a théorisé la réalité historique de cycles voyant se succéder en gros une période de montée des aspirations et luttes, une période révolutionnaire, une période de retombée, enfin une période de recul, d’apathie des masses, de réaction avant le début d’un nouveau cycle. L’empire correspond à une de ces périodes de recul.

Après la tempête de la révolution, ses innombrables mobilisations, manifestations, réunions, désaccords parfois sanglants et campagnes militaires, après l’épuisement des énergies progressistes, après la répression puis la marginalisation de l’avant-garde républicaine plébéienne, après la fin de la longue période de poussée révolutionnaire internationale ( 1773 à 1802), la France se dote d’un régime apte :

- à empêcher le retour de l’Ancien régime tout en créant des ponts symboliques pour une réintégration sociale des nobles émigrés. Le rétablissement de grandes dignités inamovibles y concourt.

- à empêcher le rétablissement du rôle idéologique, social et politique de l’Eglise catholique d’Ancien régime tout en donnant à celle-ci la possibilité d’un retour significatif et même d’une intégration au sein des nouvelles institutions. L’empereur est sacré par le pape ; il prête serment sur l’Evangile...

- à protéger et faire fructifier les avancées de 1789 1799 dans le sens des intérêts de la bourgeoisie tout en cajolant la force sociale qui sort de cette Révolution avec le plus grand prestige social : l’armée.

Le Premier Empire doit également être analysé comme instrument de pouvoir de Napoléon dont l’intelligence politique ne fait aucun doute. Il cherche dès le 18 brumaire et jusqu’en 1814 à s’entourer de personnes compétentes issues d’histoires et positionnements politiques différents.

Dans le tome consacré à la période 1789 1815 de la magnifique Histoire de France (direction Joël Cornette), je relève ces quelques phrases « A tous les niveaux, l’amalgame entre anciennes et nouvelles élites semble satisfaire les aspirations d’une redéfinition des élites, ce que l’Ancien régime n’avait pas su réaliser. L’instauration de l’Empire est un élément fondamental de ce processus, dans la mesure où il permet de créer un centre autour duquel la pyramide sociale est censée se réorganiser... Ce projet politique a un prix : après avoir limité la liberté, c’est l’égalité qui est mise à mal par le rétablissement de distinctions sociales héréditaires au sein de la France. Le principe en avait d’ailleurs déjà été bafoué de façon bien plus dramatique en 1802 par le rétablissement de l’esclavage aux colonies. »


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