Les grandes manifestations en France

samedi 1er avril 2017.
 

Les manifestations font partie du paysage culturel français. Manifestations lycéennes émouvantes et souvent innombrables. Grandes manifs des journées nationales syndicales rythmant le rapport de forces, par exemple contre la casse des retraites en 1995, 2003, 2010, face au CPE en 2006, face à la loi Travail en 2016.

Contre le CPE et la précarité : Quelle grande journée de manifestations (article du 4 avril 2006)

Manifestations clandestines surgissant soudain à un carrefour alors que les forces de l’ordre harnachées essaient de faire respecter l’interdiction gouvernementale.

Les manifestations interdites clandestines à Toulouse dans l’après 1968

Plusieurs grandes manifestations modifièrent le contexte politique français au 20ème siècle.

Les grandes avenues de notre pays voient passer chaque année des milliers de manifestations. Parmi les plus récentes, notons :

1 million de manifestants à Paris le 14 juin 2016 contre la loi dite El Khomri

1 200 000 manifestants le 31 mars 2016 contre la loi dite El Khomri

Avec Charlie hebdo, liberté et fraternité ! 3 700 000 manifestants le 11 janvier 2015 (51 articles)

A) Les manifs populaires, de gauche, du mouvement ouvrier, de la jeunesse

Les manifestations ont représenté pour la gauche et pour le mouvement ouvrier une forme d’action politique collective avant même la constitution d’organisations. Bien des films ont parfaitement rendu la réalité profonde de ces marches à la fois fondatrices, d’affirmation et symboliques d’une volonté d’avancer vers un monde meilleur.

La manifestation est naturellement de gauche pour plusieurs raisons :

- parce que l’autorisation des manifestations a constitué un long, très long combat de la gauche, particulièrement de la gauche radicale contre l’Etat bourgeois, ses préfets et ses commissaires. Ainsi, le député Edouard Vaillant, surnommé « la plus forte tête pensante » de la Commune, argumente à l’Assemblée en 1907 contre Georges Clémenceau pour poser les principes du droit de manifestation « Il n’y aura pas de république vraie tant que la classe ouvrière ne pourra pas, par ses manifestations, montrer directement sa volonté... C’est pourquoi nous considérons qu’avec la liberté de réunion et d’association, il y a une liberté complémentaire nécessaire, la liberté de manifestation, la liberté de démonstration directe et politique, ouvrière et socialiste. »

- parce que la nature la gauche est de soutenir les aspirations au progrès humain alors que le respect de l’ordre constitue le principal fondement de l’électorat de droite

- parce que la manifestation s’inscrit dans un ensemble de valeurs liées à la gauche (Liberté et Egalité, Justice, solidarité avec les revendications ouvrières et populaires, universalité et internationalisme)

Dans l’épopée des grandes manifestations organisées en France, plusieurs présentent un caractère internationaliste évident, y compris parmi les plus anciennes comme le soutien au député Manuel en 1823 et les obsèques de Lamarque en 1832.

Le 11 octobre 1909, un gouvernement espagnol d’abrutis conservateurs typiques fait fusiller le grand pédagogue Francisco Ferrer. A Paris, des dizaines de milliers de personnes manifestent spontanément tant l’émotion est profonde dans le peuple de gauche.

Le 13 octobre, les partis de gauche et syndicats ouvriers organisent une grande manifestation de protestation, certainement la première aussi structurée (élus locaux devant, service d’ordre le long de chaque cortège...).

Les meilleurs écrivains n’ont pas manqué de traiter ce sujet extraordinaire :

Où allez-vous, jeunes gens qui battez les rues, manifestant ... la bravoure et l’espoir de nos vingt ans ? Nous allons à l’humanité, à la vérité, à la justice ! (Emile Zola)

Tel est le cas surtout de Victor Hugo dans Les Misérables qui montre remarquablement comment naît un climat de combativité, comment la manifestation n’est que l’éclair issu de cette atmosphère, comment la manifestation peut se transformer en émeute :

6 juin 1832 La dernière barricade (Les Misérables, roman de la fraternité humaine 3)

Durant la majeure partie du 19ème siècle, les dirigeants de la droite habitaient les palais, la gauche, elle, était capable de prouver son ancrage populaire par d’immenses manifestations.

Durant le 20ème siècle, signalons quatre manifestations célèbres, celle du 12 février 1934, celle du 14 juillet 1935, celle contre le général Ridgway en 1952 et celle de Charonne en 1962.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

1936 Front Populaire, grève générale et conquêtes sociales (B4) la manifestation du 14 juillet 1935

J’ajoute un dernier exemple de manifestation spécifique, celles que nous avons organisées clandestinement dans les années après 1968 en bravant l’interdiction de tout défilé dans l’espace public.

Les manifestations interdites clandestines à Toulouse dans l’après 1968

B) Les enterrements manifestations politiques de la première moitié du 19ème siècle

L’importance des manifestations populaires durant l’année 1789 est connue, manifestations de la misère pour un peu de pain au printemps, manifestation politique des patriotes contre le déploiement militaire dans Paris le 12 juillet. Pour ne pas être trop long, nous proposons à notre lecteur celle-ci :

5 octobre 1789 Quand la masse des femmes entre en révolution

Après leur retour sur le trône, les rois veulent nier et renier les années 1789 à 1815. Ils imposent une histoire et une idéologie légitimistes cléricales de la nation (censure de la presse...). La Restauration présente un caractère autoritaire ne laissant pas de place à des cortèges et meetings comme en Angleterre et Irlande à l’époque. Aussi, c’est une autre forme de manifestation politique qui apparaît : l’enterrement d’opposition.

Le deuil protestataire permet de montrer dans la rue que les aspirations de la Révolution française ne sont pas oubliées. Il donne un débouché politique à l’émotion ressentie par tous ceux qui ont cru en ces aspirations et voient ses acteurs mourir l’un après l’autre. « Le cadavre rappelle, révèle, symbolise les engagements et les combats » (La France des larmes).

La politisation du culte des morts participe alors au renouvellement du répertoire d’action collective. Vingt huit "enterrements manifs" sont décrits dans les archives policières et préfectorales.

Le premier concerne l’étudiant Nicolas Lallemand, tué par un garde royal lors des manifestants spontanées contre les nouvelles lois électorales (seuls les riches votent et les plus riches votent deux fois). Eugène ROCH nous rapporte « ... C’est le 12 juin 1820, que je relevai ce malheureux jeune homme, atteint par derrière de la balle d’un garde royal, et que nous le reconduisîmes, dix ou douze, à sa mère qui ne l’attendait pas sitôt... »

Le cortège politico-funéraire du général Foy est très nombreux (100000 personnes le 30 novembre 1825) car il groupes les héritiers de la Révolution française, les nostalgiques du 1er empire et la gauche de la Restauration.

Celui de l’acteur Talma est un peu moins nombreux (80000 personnes) mais mobilise le milieu de la culture particulièrement réprimé par la Restauration.

Notons aussi l’enterrement de Jacques-Antoine Manuel. Ancien volontaire devenu officier des armées de la Révolution, il fut élu député de gauche désireux de préserver toutes les conquêtes politiques et sociales de la Révolution par la Vendée et le Finistère de 1815 à 1823. Lors de l’expédition militaire française en Espagne pour casser le mouvement constitutionnaliste, il la dénonça et fut exclu de l’Assemblée. En imposant physiquement sa présence à l’Assemblée, le lendemain, il gagna une large sympathie. Expulsé par les gendarmes, il fut ovationné par la foule qui l’attendait dehors. En 1827, son cortège funèbre fut accompagné par 100000 participants d’après les données dont nous disposons.

Gauche parlementaire française aux côtés des démocrates espagnols le 4 mars 1823

Nous ne pouvons oublier au début des années 1930 :

- > l’abbé Grégoire auquel l’Eglise refuse les sacrements mais qui bénéficie du soutien de 30000 personnes qui suivent son cercueil le 30 mai 1831.

28 mai 1831 : l’abbé Grégoire agonisant, refuse de renier son serment constitutionnel de 1790

- > le jeune et brillant mathématicien Evariste Galois tué dans un traquenard policier, enterré le 2 juin 1832.

Evariste Galois, mathématicien, étoile de l’épopée républicaine révolutionnaire française

Les obsèques du général Lamarque en 1832 présentent une grande importance historique. Ayant déjà mis en ligne un article sur ce sujet, j’y renvoie le lecteur :

5 juin 1832 : Funérailles du général Lamarque. Une insurrection républicaine et révolutionnaire

Un an plus tard, c’est l’ancien conventionnel Merlin de Thionville (extrême gauche des Montagnards), acteur déterminant du 10 août 1792, régicide distingué durant les guerres de la Révolution qui est porté collectivement en terre (14 septembre 1833).

L’enterrement politique du député François-Charles Dulong attire encore 100000 personnes, surtout en raison de son tueur le célèbre général Bugeaud qui considérait avoir été offensé par lui en lançant lors d’un débat à l’Assemblée sur l’avancement des officiers et l’obéissance dans l’armée « Faut-il obéir jusqu’à se faire geôlier, jusqu’à l’ignominie ? »

Dans les années 1840, une nouvelle forme d’opposition apparaît avec les banquets.

Durant la révolution de 1848, la plus importante manifestation en France est certainement celle du 15 mai 1848 en soutien aux aspirations démocratiques et nationales polonaises.

C) Les manifestations de 1850 à 1918

Le coup d’Etat de Napoléon III crée à nouveau un contexte répressif dans lequel les enterrements font office d’évènements politiques.

Le mot lui-même de manifestation apparaît lors des obsèques de Béranger en 1857.

16 juillet 1857 : Décès de Béranger, le chansonnier terreur des aristocrates et des calotins

Après l’écrasement de la Commune de Paris, de nombreuses manifestations présentent encore un aspect rituel.

Tel est le cas encore des obsèques célèbres de Victor Hugo et d’Auguste Blanqui.

Funérailles de Victor Hugo : Peuple, artistes et républicains... (31 mai et 1er juin 1885)

Auguste Blanqui, républicain socialiste, héritier des Jacobins de 1793 et des babouvistes

Tel est le cas des cortèges et rassemblements au Père Lachaise à la fin mai, en hommage aux Communards.

Durant le dernier tiers du 19ème siècle, des manifestations aux objectifs plus offensifs (revendication de la journée de travail de 8 heures) rythment la progression du mouvement ouvrier, en particulier lors de chaque 1er mai, malgré des répressions terribles.

1er mai 1891 à Fourmies ! L’armée tire sans raison et sans sommation sur les manifestants

Lors de luttes ouvrières locales, le patronat réagit souvent par le lock-out, obligeant les grévistes à se montrer dans la rue pour populariser leurs revendications. La manifestation devient un moyen de lutte et d’information fréquent derrière le drapeau rouge et au chant de L’Internationale.

Le drapeau rouge, drapeau ouvrier, étendard d’espérance humaine

L’Internationale

Les manifestations de vignerons du Midi au début du 20ème siècle,sont restées célèbres :

9 juin 1907 : 500000 manifestants à Montpellier pour soutenir la grande révolte des vignerons du Languedoc

20, 21 juin 1907 Béziers : Les soldats du 17ème se mutinent pour ne pas tirer sur leurs mères

Durant la première guerre mondiale, la manifestation des midinettes parisiennes relance la combativité ouvrière :

Mai à juillet 1917 La grève des midinettes déclenche une mobilisation ouvrière

D) Les manifestations de 1918 à 1940

D1) 1918 à 1923

Dans l’élan de la Révolution russe et de la montée révolutionnaire qui touche alors l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Hongrie, la Chine... la France connaît des mouvements plus éclatés mais qui relèvent du même contexte. Le développement de manifestations publiques présente d’autant plus d’importance que le gouvernement maintient leur interdiction dans le cadre de l’état de siège maintenu.

Danielle Tartakowsky signale la radicalité de plusieurs manifestations ouvrières et socialistes dans les jours qui suivent l’armistice du 11 novembre 1918. Notons par exemple :

- le meeting ouvrier du 14 novembre sur la voie publique à Saint Denis et son slogan "Vive la démocratie universelle"

- les ouvriers de la manufacture de Chatellerault défilant aux accents de l’Internationale et scandant "Vive la sociale, vive la paix"

- le rassemblement de 4000 personnes organisé à Tours le 17 novembre par l’Union des syndicats et la Fédération socialiste fêtant « l’aurore du monde nouveau, la liberté des peuples, la république universelle ».

Parmi les ouvriers les plus combatifs et les plus conscients, les mots d’ordre se radicalisent de plus en plus. L’exemple de la manifestation du 8 décembre 1918 à Paris est significatif avec son slogan « Vive les soviets. A bas Clémenceau ! »

Plusieurs grandes manifestations se déroulent en France dans les années après 1918. La plus nombreuse éclate lors de l’acquittement de l’assassin de Jaurès. Ainsi, le 6 avril 1919, un cortège serré et combatif de 300000 personnes parcourt du Trocadéro à l’Avenue Henri Martin pour remettre à sa veuve la somme nécessaire pour payer les frais de justice auxquels elle est condamnée. Cette démonstration de force gonfle d’espoir et d’énergie les militants. Une agitation sociale multiforme commence à se développer. Le 26 avril, Clémenceau fait voter la loi limitant le travail à huit heures par jour pour la désamorcer.

Le 1er mai 1919 s’inscrit dans ce contexte. Rappelons que la IIème Internationale socialiste avait décidé en 1889 de faire de chaque 1er mai une journée internationale de grève et de manifestation pour les revendications ouvrières. En 1919, les syndicats combatifs veulent fêter ce succès obtenu après trente ans de combats difficiles. Ils souhaitent aussi marquer un rapport de force unifiant la combativité ambiante et les nombreuses luttes en cours.

Malgré le souvenir des répressions passées (850 arrestations préventives pour le 1er mai 1906 à Paris...), malgré les consignes très prudentes de la direction confédérale de la CGT, les cortèges du 1er mai vont peu à peu s’imposer aux autorités publiques, en province tout d’abord puis sur la région parisienne.

Mais le gouvernement interdit le cortège parisien. L’armée quadrille la capitale. Des sections d’infanterie sont postées aux carrefours ; des pelotons de cavalerie barrent les grandes rues, avenues et boulevards. La police déploie beaucoup de zèle pour faire "respecter" la loi et l’ordre. Malgré la neige qui tombe, environ 15000 militants essaient de se rassembler et sont violemment chargés par la cavalerie. Trois morts et de nombreux blessés tendent considérablement l’ambiance. La journée évolue en une sorte d’émeute dont la préfecture essaie de limiter dorénavant l’ampleur en usant plus parcimonieusement des forces de l’ordre.

En province, l’affluence aux rassemblements et cortèges est supérieure à tous les 1er mai précédents. Nous connaissons, en particulier par un rapport détaillé de la préfecture, le déroulement de cette journée au Havre. Par peur d’une grève insurrectionnelle les employeurs de nombreux secteurs ont préféré déclarer la journée chômée (métallurgie, alimentation, centrale électrique, textile, imprimerie, port, chantiers du bâtiment, tramways, usine à gaz, grands magasins, services municipaux...). La fermeture systématique des boucheries, épiceries, boulangeries, coiffeurs barbiers est certainement due à la crainte d’affrontements. De bonne heure, la Maison du Peuple déborde d’environ 3000 militants motivés (moitié femmes de secteurs alors en lutte, moitié hommes). Une autre salle accueille les nouveaux arrivants à Franklin. Les orateurs répètent deux fois leurs discours. La foule afflue (environ 35000 participants).

Notons que des cortèges de province (à Tours par exemple) ont fleuri les tombes des soldats français, alliés et allemands morts pendant la guerre.

Ces manifestations de l’après guerre dénotent la confluence de deux identités :

- l’identité ouvrière, par exemple par le lieu de départ, souvent fixé à la Maison du peuple ou Bourse du travail, par les revendications mises en avant, par la majorité des acteurs.

- l’identité républicaine, socialiste et révolutionnaire avec des points de passage ou d’arrivée symboliques (monument ou nom de rue lié à la Révolution française, buste de Jean Jaurès...), avec des chants (La Carmagnole, l’Internationale, Gloire au 17ème...)...

Les caractéristiques de ces cortèges se maintiendront en France durant tout le 20ème siècle comme un archétype avec le service d’ordre au brassard rouge, les bannières d’organisation, les drapeaux rouges, les chants, les slogans...

Le gouvernement "d’Union nationale" dirigé par Clémenceau veut réussir une grande manifestation procession institutionnelle d’unité nationale à l’occasion de la fête de Jeanne d’Arc le 18 mai 1919 mettant en avant les Anciens combattants. Seulement 6000 personnes sont au rendez-vous.

Les répliques des grandes manifs du 6 avril et du 1er mai génèrent un mouvement social de grande ampleur en juin 1919 avec de nombreuses grèves ; celle des employés de banque et de la Bourse, début juin, affole les tenants du système. Mais le mouvement subit une répression très dure avec de nombreux licenciements.

Durant les années suivantes, notons la grand rassemblement du 1er août 1920 au Pré Saint Gervais, pour l’anniversaire du début du conflit en 1914 sur le mot d’ordre "Guerre à la guerre" marquant l’opposition au "Bloc national"(iste) au pouvoir.

D2) Plusieurs enterrements politiques perpétuent la tradition du 19ème

- celui de Charles Lorne, ouvrier électricien de 19 ans tué par les forces de l’ordre le 1er mai 1919. Il rassemble d’après tous les témoignages plusieurs centaines de milliers de personnes.

Durant l’hiver 1924, les mobilisations reprennent sur le thème de la lutte contre la vie chère. Les radicaux, en désaccord avec l’occupation de la Ruhr, quittent le gouvernement et s’allient aux socialistes dans le Cartel des gauches qui remporte les élections législatives. Ce Cartel doit affronter les nombreuses manifestations de la Fédération Nationale Catholique, marquée à l’extrême droite.

Le Cartel réussit plusieurs démonstrations de force en poursuivant la tradition des enterrements politiques :

- celui d’Anatole France (18 octobre 1924)

Anatole France, écrivain républicain, proche de Zola et Jaurès

- celui de Jean Jaurès lors de son entrée au Panthéon (23 novembre 1924) qui verra trois millions de Parisiens défiler devant son cercueil.

31 juillet 1914 : Jean Jaurès est assassiné

Jean Jaurès, idéal, république, socialisme (citations)

D3) Les manifs minoritaires des années 1926 à 1934

Durant cette période de recul de la combativité et de la conscience, les syndicalistes révolutionnaires, la CGTU comme le PCF suivent une orientation gauchiste, appelée classe contre classe.

Plusieurs grèves générales politiques échouent (contre la guerre du Rif, en soutien à Sacco et Vanzetti...)

Notons cependant la manifestation en soutien à Sacco et Vanzetti le 7 août 1927 qui réunit encore 100000 personnes.

22 au 23 août 1927 : Sacco et Vanzetti face à la chaise électrique

La crise économique de 1929 atteint la France à partir de 1931, particulièrement les ouvriers peu qualifiés de la grande industrie massivement licenciés. Les syndicats ouvriers CGTU e CGT organisent, soutiennent, participent à des marches de la faim, comme celle de Saint Nazaire le 27 juin 1933. Celle, nationale, du 18 novembre au 2 décembre 1933, se termine à Paris avec 18000 participants, dont une délégation est reçue par le gouvernement.

D4) 1934 1936 Face aux Ligues fascistes

La politique économique de déflation et "franc fort" prolonge en France la crise économique. L’extrême droite, relayée par les journaux des 200 familles en profite pour gagner une audience, y compris dans les milieux populaires.

Le 6 février 1934, les Ligues tentent de prendre le bâtiment de l’Assemblée nationale.

Dans les jours suivants les syndicats ouvriers et partis de gauche construisent une mobilisation qui débouche sur les grandes manifestations unitaires du 12 février 1934 qui modifient le contexte politique en leur faveur.

Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme

Les manifestants scandent "Le fascisme ne passera pas" et réussissent leur pari, en particulier grâce à la mobilisation déterminée des militants qui, partout en France, tiennent le rapport de force physique face à l’extrême droite et à la droite. tel est le cas par exemple le 1er mai 1934 à Paris où ils mettent en fuite le cortège de l’Action française, bien structuré et lourdement équipé pour le combat de rue.

Les 200 familles, le fascisme et la violence dans les années 1930

La CAGOULE, organisation fasciste française

Le patronat français, allié de la Cagoule, organisation fasciste et terroriste

D5) Le Front Populaire

Face à la poussée fasciste dans toute l’Europe, y compris en France, un pacte d’unité d’action face au fascisme est signé le 27 juillet 1935 par le PCF et la SFIO. Le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes mobilise aux côtés des partis de gauche et syndicats ouvriers.

Le 14 juillet 1935, 500 000 manifestants scandent sans cesse UNITE D’ACTION en défilant de la Bastille au cours de Vincennes, derrière le socialiste Léon Blum, le communiste Maurice Thorez, le radical Edouard Daladier. Dans le contexte de montée générale du fascisme en Europe, le défilé parisien du 14 juillet 1935, magnifique, bon enfant, heureux et déterminé pèse utilement pour éviter un tel avenir à notre pays. Un film d’époque (35 minutes) permet de retrouver cette ambiance (cliquer ci-dessous) :

http://parcours.cinearchives.org/Le...

Le 7 septembre 1935, les obsèques de Henri Barbusse permettent une nouvelle démonstration de force avec de 100000 à 200000 participants selon les sources.

Henri Barbusse, écrivain des poilus de la Première guerre mondiale

Le Comité de rassemblement populaire poursuit cette offensive progressiste dans toutes les villes et tous les départements sur le mot d’ordre "Le pain, la paix, la liberté". L’extrême droite réagit selon ses méthodes ; le 13 février, Léon Blum, président du Conseil de Front populaire est blessé dans un attentat de l’Action française ; le 20 février, une grande manifestation de solidarité avec lui sillonne Paris.

Le 3 mai 1936 le Front Populaire remporte les élections législatives. La grève générale ouvrière impose un rapport de force tel que la patronat, pourtant lié aux Ligues et au fascisme cède sur des revendications fondamentales

1936 Front Populaire, grève générale et conquêtes sociales

La manifestation du 14 juillet 1936 marque l’apogée du Front Populaire. La grande majorité des salariés sont enchantés des conquêtes sociales obtenues par la grève et l’occupation, par les lois du Front Populaire les inscrivant dans la réalité sociétale (40 heures hebdomadaires, 2 semaines de congés payés). La grande foule accourt en début d’après midi Place de la République à l’appel de toutes les forces du rassemblement populaire. Le cortège d’un million de personnes s’élance vers Bastille puis Nation, arborant une nuée de drapeaux rouges et drapeaux tricolores, alternant l’Internationale et la Marseillaise.

Ce 14 juillet se déroule dans une allégresse impressionnante tant le peuple ouvrier et le peuple de gauche sont confiants dans leurs lendemains. Journaux et revues rendent compte par exemple du public qui afflue pour assister à la pièce de théâtre de Romain Rolland Le 14 juillet, reprenant sans cesse en choeur, poings levés, la Marseillaise, l’Internationale, Gloire au 17ème.

http://fresques.ina.fr/jalons/fiche...

Malheureusement, le rapport de forces n’est pas aussi favorable qu’il y paraît. Le fascisme prend racine en Allemagne, Italie, Portugal, Autriche, Croatie, Hongrie... ; le souverain du Royaume-Uni se place à leurs côtés ; le grand capital anglo-saxon et la papauté fricotent avec cette constellation noire ; en Espagne, des généraux félons préparent un coup d’état contre la république (17 et 18 juillet 1936).

Le gouvernement Blum essaie de transiger avec ces monstres, décidant la non-intervention en Espagne malgré les appels du gouvernement légal de Madrid et malgré les tueries perpétrées par les franquistes (par exemple en Estrémadure). Le 16 mars 1937 : Le gouvernement de Front Populaire laisse fusiller par la police la manifestation antifasciste de Clichy. En 1938, le gouvernement Daladier croit encore possible d’éviter l’affrontement face au fascisme qui bénéficie de nombreuses complicités en France.

29 et 30 septembre 1938 A Munich les gouvernements anglais et français capitulent devant Hitler

1er septembre 1939 : En attaquant la Pologne, Hitler déclenche la 2ème guerre mondiale. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté avant ?

Au printemps 1940, l’armée nazie allemande écrase l’armée française.

10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 installent légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain

Au moment où minuit sonne en Europe, quelques petites manifestations montrent que l’espoir n’est pas mort.

11 novembre 1940 : Le mouvement lycéen manifeste face au fascisme malgré toutes les trahisons des administrations et de la droite

E) Manifestations en France de 1945 à 1968

E1) Notes sur quelques manifestations

Notre pays a connu tellement de manifestations qu’il serait trop long d’en présenter l’essentiel, même résumé. Aussi, je propose seulement un lien vers quelques articles de notre site sur des manifestations politiques significatives :

28 mai 1952 Dehors Ridgway la peste !

- Le 28 mai 1958, 800000 personnes manifestent contre le coup d’état du général de Gaulle à l’appel des Comités de Défense de la République.

Très beau film de 16 minutes :

http://www.cinearchives.org/Films-4...

- Le 19 juin 1960, près de 400.000 personnes se rassemblent sur la pelouse du bois de Vincennes. Leur présence fait suite à une pétition initiée par le Comité National d’Action Laïque et signée par quelques 10.813.697 pétitionnaires.

19 juin 1960 : le serment de Vincennes contre la loi Debré « Fonds Publics à l’Ecole publique, fonds privés à l’école privée »

17 octobre 1961 Massacre d’Algériens immigrés par la police parisienne

Charonne : un massacre le 8 février 1962, une grande manifestation le 13

Au début des années 1960, le mouvement pacifiste antinucléaire réussit de belles mobilisations.

E2) Les années 1966 à 1975

De 1966 à 1975, le nombre de manifestations fut considérable. Sur Toulouse, il s’élevait à environ trois par semaine.

En 1966 et 1967, nous pouvons distinguer deux grands types de manifestations : d’une part lors des journées d’action syndicale de plus en plus combatives, d’autre part celles appelées par les organisations révolutionnaires étudiantes essentiellement internationalistes (soutien au FNL vietnamien, solidarité avec les luttes des noirs américains...).

En 1968 :

- nous avons senti très tôt qu’il se passait quelque chose car les cortèges et les discours se radicalisaient nettement.

- la répression gaulliste de la manifestation du 9 mai sur Paris terminée par des barricades montra la sensibilité considérable de nombreux Français au droit manifester, y compris de résister physiquement lorsque l’on est dans son droit.

- la plus importante manifestation fut celle du 13 mai appelée unitairement par les syndicats ouvriers, enseignants, étudiants et lycéens (800000 à Paris).

Dans les années après 1968, je me rappelle :

- du fait que les manifestations sont longtemps restées interdites nous obligeant à les tenir dans des conditions difficiles

- des immenses manifestations lycéennes (particulièrement 1973) qui revenaient chaque printemps de 1970 à 1976.

- des puissants cortèges lors des journées syndicales (11 mars 1969...)

F) Les plus grandes manifestations en France de 1968 à 2017

Voici, par ordre décroissant, les principales journées de manifestations en France et à Paris, selon les estimations des organisateurs :

3 500 000 manifestants le 12 octobre 2010 Comment continuer ? (réactions CGT, CFDT, Solidaires, FO, FSU)

3 500 000 manifestants le 19 octobre 2010 Mobilisation massive et déterminée (bilan CGT, Solidaires, CFDT, FO, FSU)

19 mars 2009 : 3 200 000 manifestants dans 254 manifestations pour l’emploi et les services publics, contre la précarité

Trois millions de manifestants ce 23 septembre 2010 dans 232 cortèges (réactions CGT, CFDT, Solidaires, FO et revue de presse)

3 millions contre le CPE et la précarité : Quelle grande journée de manifestations (article du 4 avril 2006)

3 millions dans la rue le samedi 16 octobre 2010. Quelques chiffres par ville

A nouveau près de 3 millions de manifestants ce 2 octobre 2010 (Réactions CGT, CFDT, Force Ouvrière, FSU, Solidaires)

7 septembre 2010 : 2 735 000 manifestants dans 213 manifestations. Communiqués CGT, CFDT, FO, Solidaires, FSU, UNSA ( 1 120 000 selon le ministère de l’intérieur)

Historique ! 2 millions 700 000 manifestants aujourd’hui 28 mars 2006 (article écrit ce soir-là) Le ministère de l’intérieur fait état de 1 055 000 manifestants.

29 janvier 2009 2 500 000 manifestants pour l’amélioration du pouvoir d’achat, contre la crise et la réforme Darcos

2,2 millions - 12 décembre 1995 : manifestation contre le Plan Juppé sur la réforme du financement de la Sécurité sociale. Un million de manifestants selon la police.

2 millions - 13 mai 2003 : 2 millions de personnes selon les syndicats, 1 130 000 selon la police, contre le Plan Raffarin de réforme des retraites.

2 millions : 24 juin 2010 contre le plan Sarkozy Woerth sur les retraites (797 000 selon le ministère de l’intérieur)

28 octobre 2010 : Journée de mobilisation réussie avec 2 millions de manifestants (Nombre par ville. Communiqués CGT, SUD, FO, CFDT, FSU)

1,5 million - 25 mai 2003 : Manifestation à Paris contre la réforme Raffarin des retraites (et aussi décentralisation) : le chiffre de 600 000 manifestants donné au final par les organisateurs ne le fut que sous la pression médiatique. Cette manifestation vraiment impressionnante sans doute proche des 1,5 millions annoncés pendant un moment.

1,5 million - 3 juin 2003 : Epilogue sur les retraites ; manifestations dans une centaine de villes, avec 455 000 personnes selon la police, et 1,5 million selon les syndicats.

1,5 million - 18 mars 2006 : 1,5 million de manifestants dans tout le pays, 500 000 selon la police, contre le CPE.

1,5 million - 24 juin 1984 : Plus d’un million et demi de personnes (850 000 selon le ministère de l’intérieur) mobilisées à Paris pour la défense de l’Ecole privée, contre le projet de loi socialiste sur l’Ecole laïque.

1,3 million - 1er mai 2002 : mobilisation sans précédent en France contre l’extrême droite : 1,3 million de personnes (organisateurs) dans les rues pour s’opposer à Jean-Marie Le Pen parvenu au second tour de la présidentielle contre Jacques Chirac.

1 million - 4 décembre 1986 : Un million d’étudiants et lycéens, 200 000, selon la police, manifestent contre le projet Devaquet de réforme universitaire.

1 million - 10 mars 2005 : Un million de personnes, la moitié selon la police, manifestent pour les salaires et les 35 heures.

1 million - 4 octobre 2005 : Au moins 1 035 000 personnes d’après les syndicats, 470 000 selon la police, défilent pour l’emploi et le pouvoir d’achat.

1 million - 7 mars 2006 : Entre 400 000 et un million de personnes, surtout des lycéens et des étudiants, contre le CPE.

1 million - 16 janvier 1994 : Le camp laïque fait défiler un million de personnes (d’après les organisateurs), 260 000 (selon la police), contre la révision de la loi Falloux sur le financement de l’école privée.

Pour ne pas se tromper d’amis... Souvenirs d’une manif le 16 janvier 1994

1 million - mai 1968 : Les deux principales manifestations parisiennes de mai 1968 réunissent un million de personnes selon les organisateurs.

G) Les manifestations de droite en France

Elles n’ont ni le même sens, ni la même continuité que celles organisées par la gauche et le mouvement ouvrier.

L’historienne Danielle Tartakowsky (Les droites et la rue) les a bien analysées

« Les droites doivent combiner l’usage de la rue avec un jugement qui la désigne comme le lieu du désordre... et les droites agissent toujours au nom de l’ordre. Il n’y a pas une culture manifestante de droite mais des composantes de la droite qui ont développé des cultures très éphémères.

On note cependant qu’à droite, il y a deux acteurs qui, même s’ils ne sont pas systématiquement présents dans les manifestations, ancrent leurs pratiques dans un temps long d’appropriation de l’espace public. Il s’agit de la droite maurassienne (avec l’Action française) et des "catholiques" (souvent avec le soutien de la hiérarchie). Ces derniers sont les acteurs des plus grandes mobilisations à droite :

- les rassemblements et manifestations contre la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1906.

- les manifestations de 1925 1936 contre l’application des lois laïques en Alsace Lorraine,

- celles de 1984 pour l"’école libre"

- la récente Manif pour tous.

L’expression organique des catholiques n’est jamais la même, mais leur logistique, leurs réseaux et leurs valeurs sont chaque fois à l’oeuvre. Avec la Manif pour tous, l’Eglise se montre comme la gardienne de la norme éternelle...

Pour la première fois avec la Manif pour tous, on a parlé de "mouvement social" pour la droite... social au sens où une fraction non négligeable de la société se met en mouvement sur un objectif de société, "mouvement social" dans la mesure où cela ’inscrit dans la durée... L’autre élément nouveau réside dans la remise en cause, certes marginale, de la loi. Des organisations qui se disent pourtant légalistes décrètent un jour de retrait de l’école pour protester contre la théorie du genre, des maires UMP annoncent qu’ils n’appliqueront pas les rythmes scolaires... Il faut y voir aussi le signe d’un monde inquiet : une mutation radicale est en cours... avec une perte de repères associée à une perte de confiance dans l’ensemble des formes d’organisations traditionnelles. Ici, le religieux -dans son sens global- apparaît comme un recours. »

H) Manifestations célèbres au niveau international

Le rôle des manifestations paraît se mondialiser et se renforcer depuis une dizaine d’années. Nous avons déjà noté l’augmentation importante du nombre moyen de manifestations dans presque tous les pays du monde (automne 2010 en France par exemple).

En 2011, deux types de manifestations ont renouvelé la symbolique du défilé :

- les grandes marches des Indignés en Europe

- les grandes manifestations se terminant par la chute d’un régime autoritaire dans les pays arabes

Pour terminer, voici un premier recensement de quelques manifestations dans des pays autres que la France, pour lesquelles nous avons mis en ligne un article sur ce site :

21 octobre 1967 : La manifestation contre la guerre du Vietnam devant le Pentagone, un symbole de la radicalisation de la jeunesse entre 1966 et 1968

19 janvier 1968 : Les manifestants Zengakuren (Japon) marchent sur le porte-avions US Enterprise. Leur action a un impact mondial

30 novembre 1999 à Seattle : Une grande mobilisation altermondialiste perturbe la Conférence de l’Organisation mondiale du commerce

Jacques Serieys

Quelques grandes manifestations sur Paris

* 26 août 1944 : 1 million de personnes se rassemblent sur les Champs-Elysées au lendemain de la Libération de Paris.

* 13 février 1962 : 1 million de personnes selon les organisateurs, 150 00O selon la police, suivent les obsèques de neuf militants communistes ou cégétistes, tués lors d’une charge de police au métro Charonne à l’issue d’une manifestation anti-OAS.

* Mai 1968 : les deux principales manifestations, le 13 mai à l’appel des syndicats et le 30 mai en soutien au général de Gaulle sur les Champs-Elysées, réunissent chacune 1 million de personnes selon les organisateurs, de 500 000 à 200 000 selon la police.

* 24 juin 1984 : plus d’1,5 million de personnes selon les organisateurs, 850 000 selon le ministère de l’Intérieur, défilent pour la défense de l’enseignement privé « l’école libre ».

* 4 décembre 1986 : entre 1 million d’étudiants et de lycéens selon les organisateurs, 200 000 selon la police, manifestent contre le projet de loi Devaquet.

* 14 janvier 1994 : 1 million de manifestants pour défendre la laïcité (500000 selon la police)

* 12 juillet 1998 : Plus d’1 million et demi de personnes, selon la préfecture de police, déferlent vers les Champs-Elysées pour fêter la victoire de la France au Mondial du football.

* 24 mars 2013 : entre 1,4 million selon les organisateurs et 300.000 opposants, selon la police, défilent à Paris pour demander le retrait du projet de loi sur le mariage homosexuel.

Jacques Serieys

E) Un siècle de manifestations interdites et de répression du mouvement social

La manifestation syndicale parisienne du 23 juin 2016 a été interdite, puis finalement autorisée sur un parcours imposé par le ministère de l’Intérieur, autour du bassin de l’Arsenal, près de la Bastille. Cette quasi interdiction est une première depuis un demi-siècle. La dernière manifestation syndicale interdite est de triste mémoire. C’était le 8 février 1962. Six syndicats, dont la CGT, la CFTC et l’Unef, ainsi que le Parti communiste et le Parti socialiste unifié (PSU, dont une partie des membres fonderont ensuite le PS), appellent à manifester à Bastille contre les « tueurs fascistes » de l’OAS (l’organisation terroriste d’extrême droite combattant pour l’Algérie française) et pour la paix en Algérie.

Nous sommes en pleine guerre d’indépendance. L’état d’urgence a été décrété depuis un an. Le Préfet de police – un certain Maurice Papon, condamné 36 ans plus tard pour complicité de crimes contre l’humanité pour avoir collaboré aux déportations vers les camps d’extermination nazis – interdit la manifestation. Les rassemblements pacifiques sont violemment dispersés par les forces de l’ordre : neuf syndicalistes de la CGT et membres du Parti communiste meurent sous les coups des matraques ou de grilles jetées par les agents à l’entrée du métro de la station Charonne. Quatre mois plus tôt, c’est une manifestation appelée par les Algériens de France qui est interdite et réprimée. 11 500 manifestants sont arrêtés, entre 30 et 200, selon les historiens, sont tués. Des corps sont jetés dans la Seine par la police.

Auparavant, au plus fort de la guerre froide au début des années 50, plusieurs manifestations « pour la paix », auxquelles participe la CGT, sont systématiquement interdites. Il faut remonter à 1906, soit plus d’un siècle, pour retrouver un parallèle direct avec la situation actuelle, comme le note le site Terrains de lutte. Le 1er mai 1906, les ouvriers défilent pour la journée de 8h – aujourd’hui remise en cause par la loi Travail… Pour le ministre de l’Intérieur de l’époque, le radical-socialiste Georges Clémenceau, et son préfet Louis Lépine, pas question de laisser faire.

« Les manifestants ne circuleront, à aucun prix, en dehors du rayon que nous leur assignons »

« Vous supposez bien que si nous laissons dans la rue 500 manifestants déambulant au chant de L’Internationale, ce groupe sera bientôt grossi et fera la boule de neige, au point de former 1000, 2000, 10,000, 50,000… Ça, non. Ce pourrait être l’émeute, et nous devrions nous résigner à faire donner l’artillerie. Eh bien ! On n’en arrivera pas là. Les manifestants, les chômeurs ne circuleront, à aucun prix, en dehors du rayon que nous leur assignons », communique alors la Préfecture de police. La troupe est mobilisée : 20 000 soldats dont 5000 cavaliers, 36 000 policiers sont réquisitionnés. Et la manifestation fortement réprimée, dans les rues qui avoisinent la place de la République : 860 arrestations et de nombreux blessés. « C’est un miracle que ces actes d’inutile et sauvage brutalité, ajoutés à bien d’autres, n’aient pas surexcité la foule et déterminé des bagarres », commente L’Humanité de Jean Jaurès.

« Par la suite, le pouvoir ne craindra plus de faire des morts dans le mouvement social. En juillet 1907, deux manifestants sont tués à Raon-l’Etape. En juin 1908, à Vigneux, les gendarmes ouvrent le feu sur des grévistes réunis dans leur permanence, en tuant deux et en blessant une dizaine. Le 30 juillet 1908, à Villeneuve-Saint-Georges, les dragons attaquent 400 manifestants, en tuent quatre et en blessent presque une centaine. Dans la foulée, Clemenceau fait arrêter tout l’état-major de la CGT (…) au motif qu’ils seraient les « responsables moraux » des violences », rappelle Terrains de lutte. Georges Clemenceau, dont le portrait trône dans le bureau du Premier ministre, est l’un des modèles politiques de Manuel Valls.

par Ivan du Roy 22 juin 2016, Basta

http://www.afsp.msh-paris.fr/activi...


Signatures: 0
Répondre à cet article

Forum

Date Nom Message