L’histoire : savoir essentiel, enjeu décisif

mardi 6 juin 2017.
 

Toi qui manifestes, qui luttes, qui fais grève, qui participes à des réunions, qui clames ta solidarité internationaliste, qui prends à coeur ton mandat d’élu, qui essaies de vivre heureux et d’apporter du bonheur autour de toi, je te félicite. Le combat pour le progrès humain (que tu peux nommer comme tu veux : humaniste, féministe, républicain, socialiste...) s’inscrit nécessairement prioritairement dans le présent. L’analyse de la période politique présente, la stratégie présente, le programme présent, les tactiques conjoncturelles présentes, constituent les yeux, le coeur, le sang, les membres d’une aspiration immédiate au mieux vivre.

Cependant, que serait l’individu sans sa mémoire ? Rien. Qu’est-ce qu’un progressiste seul avec ses espérances ? Bien peu ! Dès que l’on participe à un groupe pour être plus efficace se pose la nécessité de repères théoriques ? Ces repères théoriques impliquent des références à l’histoire. Celle-ci est basée sur des faits aussi précis, datés, vérifiés, contextualisés que possible. Elle essaie aussi de décoder les causes et conséquences des évènements, de comprendre les constantes économiques, sociologiques, culturelles, politiques, constantes nommées lois par Montesquieu car il les voulait aussi valides que celles des sciences pures.

L’histoire apporte ainsi à tout effort de rationalité, une référence vérifiable et expérimentale sans laquelle aucune méthode scientifique n’a de valeur. Ce fonds d’archives factuelles est encore plus important pour le socialisme révolutionnaire qui ne croit pas en une intervention transcendantale sur terre et en conséquence, pose l’ensemble des faits sociaux comme l’essence humaine.

Né dans une famille fortement marquée par la transmission de la mémoire et de l’histoire, y compris orale locale, j’ai toujours fait mien le magnifique propos de Victor Hugo "Les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume les flambeaux."

A) Une rubrique HISTOIRE sur notre site. Pourquoi ?

A1) Connaître l’histoire pour pouvoir contester l’officielle, pour approcher la vérité, pour justifier l’espérance

Croire en l’histoire officielle, c’est croire des criminels sur parole Cette affirmation de la philosophe Simone Weil peut paraître exagérée ; il n’en est rien. Depuis des siècles et même des millénaires, l’histoire officielle de chaque pays, de chaque peuple, de chaque religion, de chaque langue a charrié des montagnes d’exagérations, d’approximations, de mensonges, de mythes dont la fonction était de valider le discours et l’intérêt des puissants.

Heureusement, la recherche historique la plus proche possible de la vérité, de la réalité concrète mais aussi de la complexité et de la globalité apporte aussi un souffle infini car « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. » (Jaurès, Albi, 1903)

A2) L’histoire représente un enjeu idéologique permanent

Ne soyons pas naïf : Chaque grand courant politique est porteur d’une conception du monde ayant des implications sur la compréhension de chaque évènement. Ainsi, le lecteur postant un message rageur en forum à la suite de notre article sur Clovis pour affirmer que la France a été et reste la fille aînée de l’Eglise vit à coup sûr dans un univers mental qui ne relève pas de la rationalité mais de la croyance.

Du baptême de Clovis (Noël 496 ?) au cléricalisme, royalisme, nationalisme et fascisme français

De nombreuses cérémonies commémoratives laissent place, en fait, à des récits fort différents liés à des choix actuels :

6 juin 1944 2014 Du débarquement glorieux à des commémorations discutables

Monuments aux morts et 11 novembre : Sauvegardons la mémoire d’une tragédie ! Hommage à tous ceux qui sont morts par force !

Certains évènements n’ont pas encore été étudiés sérieusement et laissent place au doute :

Le 18 juin 1940 De Gaulle n’a pas lancé son Appel jusqu’à preuve du contraire

A3) Comprendre le passé pour changer le présent et préparer le futur

Dans le roman de George Orwell 1984, le slogan de l’état totalitaire est le suivant « Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle de l’avenir ».

Aussi, toutes les sociétés à but totalitaire ont voulu empêcher la connaissance du passé :

- de la papauté qui ne voulait pas de diffusion de la Bible pour qu’elle ne puisse être critiquée à Staline qui imposait de gommer Trostky sur les photos

- des nazis qui faisaient brûler tous les livres susceptibles de porter une autre culture que la leur à l’Etat islamique détruisant à Palmyre des mausolées, la fameuse statue du Lion d’Athéna, le temple de Baalshamin et celui de Baal, l’Arc triomphal...

Dans mon village de naissance, lorsqu’arriva le premier comte nommé par le roi de France, il commença par incendier le beffroi communal et toutes les archives qu’il contenait pour détruire ainsi symboliquement et concrètement tous les droits individuels et collectifs anciens, tous les titres de propriété individuels et collectifs.

Notre rapport au passé doit être totalement différent. Le moindre document, la moindre construction héritée du passé apporte un élément du puzzle complexe permettant de comprendre les époques anciennes. Nous ne cherchons par une Révélation quelconque dans un livre censé avoir été écrit sous la dictée de Dieu mais des révélations présentes dans tous les matériaux témoins des civilisations disparues ou récentes.

Aucune société meilleure ne verra le jour sans bilans et projets appuyés sur la connaissance du passé. " Tout symbolisme s’édifie sur les ruines des édifices symboliques précédents, et utilise leurs matériaux... Par ses connexions naturelles et historiques virtuellement illimitées, le signifiant dépasse toujours l’attachement rigide à un signifié précis..." (Cornélius Castoriadis). « L’organisation du nouveau monde social de solidarité et de justice ne se fera point sans un grand effort de pensée. » (Jean Jaurès, le Temps, 5 août 1905).

A4) L’histoire, outil du mieux vivre ensemble

Bruno Benoît, président de l’Association des professeurs d’histoire et géographie (par ailleurs professeur à l’institut d’études politiques de Lyon) résume bien ce point.« L’histoire... est une science sociale qui crée du lien, de la citoyenneté, qui élève le pays, avec laquelle on peut espérer construire le nouveau récit national qui permettra à tous les jeunes de France, quelles que soient leurs origines et leurs confessions, de mieux vivre ensemble sur le même territoire... L’histoire, tant celle des pages blanches que celle des pages noires, est une composante indispensable pour bâtir la communauté nationale du XXIème siècle. »

A5) L’histoire pour comprendre l’actualité

Tous les présidents de la république font un usage immodéré de l’histoire pour justifier leurs choix politiques. Cette histoire-là magnifie sans cesse quelques personnalités jugées consensuelles, instrumentalise des symboles connus pour attirer des suffrages d’électeurs, récupère des héros pour des choix politiques qu’ils n’auraient jamais acceptés ; Nicolas Sarkozy a usé et abusé en permanence de ces procédés.

Pourquoi la France de François Hollande s’est-elle abstenu à l’ONU sur le refus des propagandes nazies ? parce que cela aurait affaibli les alliés ukrainiens et baltes des USA face à la Russie. Pour comprendre cela, il est nécessaire de connaître des pans d’histoire fort complexes de ces Etats, de démêler l’écheveau complexe d’évènements "par delà le bien et le mal".

A6) L’histoire pour déceler les inepties des idéologies conservatrices

La droite cléricale rédigeait des fictions en guise d’histoire humaine. Les recherches historiques ont permis d’évacuer tout cela :

Créationnisme, christianisme et mépris de la réalité historique : La dispersion des hommes après le Déluge...

Durant des décennies après la Révolution française, la droite est restée royaliste. Elle rabâchait sempiternellement des sornettes comme celles concernant "nos" ancêtres. Heureusement, des historiens républicains ont balayé tout cela.

Histoire de France : Mensonges sur nos ancêtres ...

Aujourd’hui, la droite se prétend généralement "libérale", c’est à dire au service du capitalisme financier mondialisé. Sur le fond, ce libéralisme n’a que faire de l’histoire (une "sottise" pour Henry Ford, grand industriel US de l’automobile). Il a toujours méprisé ce réservoir de preuves qui empêche la construction de mythes, par exemple sur les qualités prétendues de tel ou tel grand patron.

Alfred Krupp : patron modèle ... d’après Jacques Marseille

B) Quelle histoire ?

Le travail d’un chercheur en histoire se réclamant du socialisme ne peut être différent de celui de tout historien sérieux quant à sa méthode : il se doit de travailler selon la magnifique comparaison de Marc Bloch comme un juge d’instruction, c’est à dire sur la base de faits, impartialement traités pour dégager le contexte et l’enchaînement des faits

B1) Refuser la seule histoire par en haut

mais histoire globale et causale

De tout temps, les puissants et les gouvernants ont imposé comme histoire, celle des puissants et des gouvernants, celle des pharaons égyptiens, des empereurs chinois et des rois de France dument numérotés.

Berthold Brecht s’est moqué à juste titre de cette histoire irréelle :

« Le jeune Alexandre conquit les Indes.

Tout seul ?

César vainquit les Gaulois.

N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ? »

Questions que se pose un ouvrier qui lit

Pourquoi les dominants d’aujourd’hui poussent-ils à valoriser les dominants d’hier ? Parce qu’ils ont bien trop peur de prouver que les progrès de l’humanité sont liés à des périodes où les peuples ont pris en mains leurs propres affaires. Parce que pour un énarque, fut-il républicain, imbu de son rôle dans l’appareil d’Etat, il est inconcevable de prendre conscience des réalités locales et du rôle bien souvent réactionnaire de l’Etat national français entre le 13ème et le 18ème siècle.

B2) Refuser la seule histoire du vécu "par en bas"

Une histoire prenant en compte le "vécu" présente évidemment un intérêt. Elle permet d’éclairer l’ignominie fréquente des gouvernants, Louis XIV par exemple.

Louis XIV : Misère et gaspillage

Cependant, « une telle histoire par en bas laisse le plus souvent dans l’ombre une dimension très importante : la manière dont les évènements sont liés entre eux. Se borner à mettre l’accent sur les individus impliqués dans un fait historique donné, ne peut, en soi, apporter la compréhension des forces d’ensemble qui ont façonné leurs vies et qui continuent à agir sur la nôtre » (Chris Harman).

Ils ont par exemple bien travaillé sur les témoignages de poilus de 1914 1918. Cependant, l’Histoire doit répondre aussi à des questions de fond : pourquoi les pays européens se sont-ils détruits les uns les autres durant la Première guerre mondiale ?

Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats

B3) Pour une histoire interdisciplinaire

L’objectif essentiel de l’histoire doit porter, non sur la valorisation mythique de telle ou telle nation, de telle ou telle religion, non sur des condamnations morales mais sur la compréhension des faits.

De ce point de vue, la complémentarité entre histoire et sociologie apparaît primordiale sans oublier l’économie, la littérature, la philosophie, les arts, le droit...

Comment traiter l’histoire de la Renaissance :

- sans le contexte économique (ce sont les régions où l’économie marchande est la plus avancée qui la portent, de la Flandre à la Toscane)

- sans l’évolution rapide de la société qui sort du seul horizon borné des châtellenies locales et des prétendues reliques locales

- sans surtout les données apportées par l’histoire de l’art

B4) Pour une histoire globale

La world history du monde anglo-saxon part d’un souci justifié : comparer les évolutions respectives des civilisations du monde entier en mettre l’accent sur les interactions (commerce, art, guerre, migration, religion…) entre ces civilisations.

Ce type de démarche pousse par exemple à comparer les liens de parenté tissés dans les tribus de la Grèce archaïque, de la Rome archaïque avec des populations actuelles peu touchées par la civilisation moderne. Les résultats sont souvent concluants.

Comment traiter l’histoire de la Renaissance sans comprendre l’importance de la civilisation arabo-musulmane (par exemple le philosophe Averroès) dans la transmission critique de l’héritage antique.

Averroès, philosophe musulman, géant de la pensée

B5) Pour une histoire causale

Il est important de comprendre dans quelles conditions certains faits ont pu se produire. Les vainqueurs de la Bastille le 14 juillet 1789 ont bénéficié depuis de l’image très valorisante de héros ayant contribué à abattre l’absolutisme. Quiconque aurait tenté de prendre la Bastille une semaine plus tôt serait considéré comme un fou.

Pourquoi et comment certaines formes de société disparaissent-elles pour être remplacées par d’autres ?

Pourquoi et comment la Révolution française a-t-elle balayé l’Ancien régime ?

Sur les causes structurelles de la Révolution française

Crise de l’Ancien régime en 1787 1789... vers les Etats Généraux

C) L’histoire est au socialisme ce que la mémoire est à l’individu : Indispensable

Le socialisme porte un programme, une stratégie, une espérance visant à combattre les injustices du capitalisme, visant aussi la construction démocratique d’une société plus juste, d’une société émancipatrice, plus attachée à la recherche de la vérité.

Le socialisme ne s’attaque pas à un objectif aussi ambitieux seulement par de bons sentiments. Il essaie d’étayer ses analyses et ses perspectives à partir, en particulier, d’un bilan de l’histoire humaine. La recherche d’une intelligibilité du passé a pour but de contribuer à l’intelligibilité du présent, à l’ouverture de réflexions sur l’avenir.

Pour tous les acteurs et théoriciens importants du socialisme, le rôle de l’histoire est central dans leur théorie de la connaissance, même si beaucoup sont des philosophes.

L’intellection historique de Jaurès, par exemple sur la Révolution française, l’Antiquité ou l’histoire militaire est exceptionnelle.

C1) Pour un socialiste, l’étude de l’histoire sert à rendre intelligible le passé

Le mouvement ouvrier et socialiste n’a pas inventé cela ; Montesquieu, par exemple, a cherché les clés de compréhension du passé des différentes communautés humaines. Cette intelligibilité du passé cherche à s’opérer par un processus complexe, comprenant en particulier :

* une méthode scientifique d’analyse du réel

* un travail de conceptualisation des grandes tendances et des grandes périodes historiques.

* une démarche globalisante fondée sur l’interaction de la structure économique, des forces sociales, des relations humaines, des institutions, des idéologies, du droit, de la culture, de la vie privée...

* la recherche des causes et conséquences des évènements sur la marche de l’histoire

* une critique permanente et rigoureuse de la démarche globalisante et des concepts par un retour systématique à la réalité de chaque fait, à la rigueur des bilans et à une démarche rationnelle cherchant à approcher la vérité historique.

Plusieurs courants intellectuels ont construit leur discours sur la référence au passé. Ainsi, les courants traditionalistes contre lequel, à mon avis, le socialisme reprend l’héritage des Lumières sur le progrès de l’humanité. Ainsi, toutes les nations fondées depuis 200 ans ont construit un mythe pour glorifier leur patrie et justifier leurs prétentions territoriales : "nos ancêtres les gaulois", "les frontières naturelles de la France", l’espace vital pangermaniste, le "Grand Israel", la Russie "millénaire"... Le socialisme se distingue de ces fictions intolérantes par deux postulats de départ : l’unité du genre humain, la possible objectivité scientifique d’une démarche historique internationaliste.

La démarche historiciste du socialisme hérite évidemment du travail réalisé précédemment par des historiens (Hérodote...), des philosophes (Hegel...), des courants de pensée. Ceci dit, la démarche socialiste vis à vis de l’histoire présente des nouveautés intéressantes et fécondes.

C2) L’APPORT DE MARX Et DU MATERIALISME HISTORIQUE

L’aspect le plus pertinent de l’apport de Marx, c’est sans doute sa rupture avec la tradition philosophique fondée une "nature humaine" individualisée, abstraite, ahistorique. Dans la sixième thèse sur Feuerbach, il écrit " L’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux." Ainsi, l’histoire devient l’étude du processus d’émancipation humaine dans toute sa complexité et sur toute sa trajectoire pluriséculaire et même pluri-millénaire : "Tout le mouvement de l’histoire est le processus d’autocréation de l’homme".

Marx et Engels ont joué un rôle central dans la conception socialiste du monde fondée sur le socle des faits historiques permettant un va-et-vient entre conceptualisation du passé, action politique présente et utopie en perspective. "Nous ne connaissons qu’une seule science, la science de l’histoire" (Marx, Idéologie allemande). "L’histoire est tout pour nous et nous la plaçons plus haut que ne l’ont fait les autres philosophies, plus récentes, y compris celle de Hegel..." (Engels 1844).

Insister sur l’apport de Marx à la compréhension de l’histoire pour des socialistes, ne signifie :

* ni considérer que toute étude historique marxisante est nécessairement plus intéressante et même plus juste qu’un travail émanant d’une autre cohérence de pensée

* ni présenter comme des leçons ou des recettes, les bilans de l’histoire. L’analyse du réel immédiat est évidemment décisive.

De plus, l’oeuvre de Marx du point de vue de l’intelligibilité de l’histoire est logiquement marquée par plusieurs limites :

* celles de son époque, y compris un manque d’éléments d’information.

* sur de nombreux sujets, il a avancé des pistes qui n’ont pas toujours été approfondies

Ceci dit, comme l’affirme le Dictionnaire critique du marxisme (Bensussan - Labica), Marx a introduit les concepts fondateurs d’une véritable science histoique (forces productives, rapports de production, modes de production, luttes de classes, infrastructure, superstructure, idéologies...)

Nous proposons sur ce site plusieurs articles qui s’intègrent dans une cohérence marxienne de compréhension du monde, par exemple concernant :

- > les modes de production Les modes de production : un outil théorique du matérialisme historique pour éclairer le passé

- > les cycles de combativité Le cycle politique, instrument d’analyse des périodes et conjonctures

C3) Matérialisme historique : une méthode plutôt qu’une science positiviste

En 1890, Engels insistera sur le danger d’un matérialisme historique conçu comme une science jonglant avec des concepts généraux. "Il faut soumettre à une investigation détaillée les conditions d’existence des diverses formations sociales avant d’essayer d’en déduire les conceptions politiques, juridiques, esthétiques, philosophiques, religieuses... qui leur correspondent".

Certains cadres bolchéviks comme Staline ou Boukharine étaient marqués par ce travers scientiste abstrait, en particulier dans la croyance en l’inéluctabilité des lois historiques. Le stalinisme l’a renforcé. L’échec du communisme moscovite retentit évidemment sur la crédibilité du matérialisme historique pour comprendre le passé et aider à définir les voies de l’émancipation humaine. Sans sous-estimer la qualité de nombreux travaux d’historiens soviétiques, il reste patent que les dirigeants de l’URSS stalinienne n’étaient pas plus marxistes que George Bush ou que la castafiore. Dans ces conditions, ce n’est pas aux fondements socialistes de la recherche historique qu’il faut s’en prendre mais aux dirigeants en question. L’analyse du réel immédiat prime ici aussi sur la théorie.

Un bilan critique doit donc être tiré de la cohérence positiviste qui amenait certains "marxistes" à dégager des "lois de l’histoire" sur la base d’argumentations peu étayées qui parfois relèvent de la plaisanterie.

Pour aider des militants à peser sur le réel, il est plus utile de montrer à quel point les humains se sont souvent trouvé confrontés à des choix et que ces choix ont entraîné des conséquences considérables. De ce point de vue, la connaissance de la période 1917 à 1927 présente un intérêt inégalable.

C4) MATERIALISME HISTORIQUE VIVANT et non marxisme mécaniste vulgaire

Eric Hobsbawn a sérié sept travers du "marxisme vulgaire" dont :

* "interprétation économique de l’histoire"

* dominance et dépendance de la "superstructure" (culture, idéologie...) vis à vis de la "base économique".

* limitation du marxisme à la première phrase du Manifeste : "L’histoire des sociétés existant jusqu’à présent est l’histoire des luttes de classe".

* inévitabilité des lois historiques

C5) A propos de la lutte des classes

Je suis réservé sur certaines formules abruptes du Manifeste communiste.

Ceci dit, l’analyse de la formation sociale, des force sociales en présence, de leur expression et de leur action politique constitue une démarche extrêmement fructueuse et éclairante pour tout fait historique.

Ceci dit, par exemple aussi, quiconque essaie de comprendre l’évolution des cités grecques de l’Antiquité,. Il en va de même pour la Chine, pour Rome, pour le Moyen Age, pour la période des royautés absolutistes, pour la Révolution française...

Une fois précisé ces références et ces dangers à éviter, il est temps d’entrer dans la construction de notre rubrique.

D) Quelle organisation et quelles priorités pour notre petite rubrique HISTOIRE ?

D1) Nous partons sur le projet de neuf sous-rubriques :

- > Matérialisme historique

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Périodes historiques (Préhistoire ; Antiquité ; Féodalité Moyen Age ; Renaissance Monarchies...)

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Sujets d’histoire (Cycles politiques ; Documents ; Esclavage ; Ethnologie ; Histoire du judaïsme ; Temps Calendrier Fêtes)

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > France

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Révolution française 1789-1795

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Colonisation

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Révolutions Mouvements

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > 1914 1945

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > Années 1968

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

D2) Articles historiques intégrés dans d’autres rubriques

C’est le cas en particulier :

- > pour les nombreux textes concernant le fascisme groupés dans une rubrique spécifique :

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > pour les nombreux textes sur l’histoire du mouvement ouvrier présents dans la rubrique Salariat Classe ouvrière Mouvement social

http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > pour des articles concernant l’histoire de tel ou tel pays portés dans des sous-rubriques concernant ce pays, par exemple :

* Histoire de la Chine http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

* Histoire de la Grande-Bretagne http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

* Histoire de l’Inde http://www.gauchemip.org/spip.php?r...

- > et d’autres textes parmi nos 26000 intégrés dans les 20 grands domaines et 170 rubriques au sein desquels ils sont classés : ethnologie, Gauche histoire, Socialisme, République...

Jacques Serieys le 19 février 2006

E) Bilan de la rubrique Histoire au 8 juin 2015. Les articles ayant reçu plus de 10000 visites

Lorsque notre site reçoit une nouvelle vague de visiteurs comme c’est le cas depuis le lancement du Parti de Gauche, toutes nos rubriques connaissent un regain de fréquentation. C’est logique vu la faim politique connue des militants politiques.

A coup sûr, nous satisfaisons très imparfaitement cette curiosité et cette demande. Ceci dit, certains articles doivent être appréciés vu leur fréquentation.

Voici quelques articles de notre rubrique histoire ouverts plus de 10000 fois par des internautes (fréquentation au 6 juillet 2015) :

* Fascismes de 1918 à 1945 : naissance, caractéristiques, causes, composantes, réalité par pays 277873 visites

* 14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire : 103471 visites

* Histoire de l’Aveyron A) De la féodalité cléricale totalitaire à la droite 92479 visites

* Causes de la Première Guerre Mondiale : capitalisme, nationalisme et responsabilité des Etats : 72089 visites

* Cahiers de doléances de 1789 (tiers-état, clergé, noblesse, Etats généraux) : 45221 visites

* 27, 28 et 29 juillet 1830 : les "3 glorieuses" d’une révolution réussie puis confisquée : 42770 visites

* Raspail, passeur de la révolution française au socialisme, candidat à la présidence de la république le 11 décembre 1848 : 38671 visites

* Crise de l’Ancien régime en 1787 1789... vers les Etats Généraux : 34723 visites

* La CAGOULE, organisation fasciste française : 31031 visites

* 1er septembre 1939 : En attaquant la Pologne, Hitler déclenche la 2ème guerre mondiale. Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté avant ? 30411 visites

* Sur le contexte et les causes structurelles de la Révolution française : 29805 visites

* Bataille de Stalingrad du 23 août 1942 au 2 février 1943 . Personne ne doit oublier le rôle de l’URSS dans la défaite du nazisme ! : 28682 visites

* Conquête de l’Amérique latine : Y a-t-il eu génocide des Indiens par les conquérants espagnols ? 26372 visites

* Clergé, noblesse et bourgeoisie du Siècle des Lumières à 1789 : 22261 visites

* 14 décembre 1789 : Création des communes par la révolution française : 20552 visites

* 23 juin 1789 : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes" : 20189 visites

* Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 ( texte de la Révolution 12) 19445 visites

* 23 août 1939 Le Pacte germano-soviétique et la Pologne. Réponse à un message de forum : 19275 visites

* 21 juin 1791 La fuite de Louis XVI s’arrête à Varennes : 19270 visites

* Le génocide des Tsiganes par les nazis : 18804 visites

* 17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale et s’octroient le vote de l’impôt : 18055 visites

* 22 avril 1900 Colonisation française du Niger et du Tchad par la colonne Voulet Chanoine Joalland : un massacre de masse, un crime contre l’humanité (sur la base des archives militaires) : 17345 visites

* Mai 68 vécu en Aveyron… ouvriers, lycéens, employés, paysans, enseignants... séisme politique : 16523 visites

* Retour sur les origines de la démocratie, Athènes 15281 visites

* Libération de Paris (24 au 26 août 1944) par les chars... espagnols de la nueve ! (video et articles) : 14563 visites

* 4 août 1789 Abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale : 14272 visites

* 1788 1789 Une situation prérévolutionnaire : Journée des Tuiles, Assemblée de Vizille, Etats de Franche-Comté, Etats de Bretagne.. : 13591 visites

* Document sur le premier camp de concentration nazi en 1933 1934 : Dachau : 13570 visites

* La Révolution française et l’émancipation par l’éducation : Talleyrand, Condorcet, Danton, Lepeletier et Robespierre : 13236 visites

* 4 février 1794 Abolition de l’esclavage par la Révolution française : 12450 visites

* Funérailles de Victor Hugo : Peuple, artistes et républicains... (31 mai et 1er juin 1885) : 12372 visites

* Histoire de l’Aveyron B) Résistances populaires et racines de la gauche 12371 visites

* Fascisme français et 200 familles dans les années 1930 12122 visites

* Artémise à la bataille de Salamine (29 septembre -480) 11847 visites

* Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française : 11499 visites

* 4 et 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles 11442 visites

* Du 6 au 12 février 1934, la France ouvrière et républicaine stoppe le fascisme 11004 visites

* Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789) 10952 visites

* Lettre de Guy Môquet (contexte, message, compléments) : 10884 visites

* 26 janvier 1886 Grande grève des mineurs de Decazeville, Aubin, Firmi et percée du socialisme en France 10734 visites

* 5 juin 1832 : Funérailles du général Lamarque. Une insurrection républicaine et révolutionnaire 10476 visites

* 10 juillet 1940 : 173 parlementaires de droite sur 174 installent légalement en France le fascisme traditionaliste de Pétain 10447 visites

* Guerre sainte et judaïsme, christianisme, islam 10266 visites

* Il était une fois... les révolutions 10079 visites

* Le 18 juin 1940 De Gaulle n’a pas lancé son Appel jusqu’à preuve du contraire 9855 visites

* Hiroshima Nagasaki : Deux bombes US pour la domination impérialiste du monde 9622 visites

* 24 mai 1920 Paul Deschanel, Président de la République, parcourt la voie ferrée seul, à pied, ensanglanté, en pyjama 9553 visites

* Printemps 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Marseille, Aix, Besançon et Amiens, émeute Réveillon (28 avril) 9510 visites

* 20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire 9251 visites

* Inde : Comment la colonisation britannique a détruit une société assez prospère 9256 visites

* 1 au 11 juillet 1940 : Cléricalisme et fascisme pétainiste, satisfaits de la victoire nazie, vomissent laïcité, République et syndicalisme 9181 visites

* 14 mai 1610 : Assassinat de Henri IV par Ravaillac, petit enseignant catholique 9042 visites

Sitographie complémentaire :

http://www.persee.fr/web/revues/hom...

COMPLEMENT : Régis Debray et les croyances historiques

« L’histoire, ultime recours et ­suprême pensée ? se demande-t-il. Oui, mais quelle histoire ? à quelle fin ? et avec quels a priori ? » Quand Nietzsche distinguait, à son époque, trois sortes d’histoire – la monumentale, celle des pères ; l’antiquaire, celle des érudits ; la critique, celle qui libère du passé –, Debray en ajoute au moins deux autres : « L’aînée de la famille, l’histoire comme “objet d’étude”, pointilleuse et patiente, celle des fouilleurs d’archives, de Thucydide à Fernand Braudel, l’histoire-science des professeurs. Nous connaissons, par ouï-dire, ses oublis et ses lacunes. (…) Il y a une autre histoire encore plus altière, qui regarde nos vicissitudes du haut d’un belvédère, c’est l’histoire “objet de médiation”, celle dont on attend des leçons, des oracles, et même un sens de la vie. Celle des philosophes, de Vico à Karl Marx en passant par Hegel. C’est l’histoire de “l’humanité comme un seul peuple”, “la grande journée de l’Esprit” qui va d’est en ouest, la Bible de l’humanité. »

Croire. Tout y passe. Les héros. La différence entre « la politique » et « le politique », sachant que « la » politique nous cache « le » politique. Les idées. Les injustices. L’art. Les erreurs tragiques de la construction européenne et son contresens symbolique. L’histoire progressiste. Et même le progrès rétrograde.

« Sans la République romaine, pas de Révolution française, écrit Debray, sans “93” pas de Commune de Paris, sans la Commune pas ­d’Octobre à Moscou, etc. » L’histoire est censée nous découvrir la réalité des choses : à condition de la regarder dans les yeux, sans fausses croyances. « Maintenir en vie ce que notre héritage a de moins animal ne sera donc pas une mince affaire », prévient-il. D’autant que le philosophe nous invite à réhabiliter le verbe « croire », qui recouvre des notions non exclusives aux seules religions. Puisque nous avons besoin « d’un nuancier pour aborder en géographe le continent croyance et ne pas s’y perdre », Régis Debray est là. Pour lui, « l’incroyance absolue est un luxe de légume, on aurait tort d’en abuser, sauf à vouloir sécher sur pied ». Une croyance « fait ­respirer le temps, desserre l’étau du présent ». Croire donne donc de l’attente, conjugue les verbes au futur, comme Clemenceau le reprochait tant à Jaurès. Et Debray insiste : « Qui est doué pour la croyance est doué pour l’amour, voyez Aragon, Éluard, Apollinaire. Il est doué pour le relationnel, l’effusion, le coude à coude. (…) Croire, c’est se mettre en mouvement. Sortir de la passivité et de la résignation (…), s’abstraire de son environnement, s’affranchir de son milieu. » Dénonçant ce qu’il appelle la « dérégulation anarchisante », Debray réclame de l’espérance, qui mobilise et galvanise : « On peut d’ailleurs observer que lorsque les idéologies politiques n’ont plus rien de religieux, les croyances religieuses redeviennent politiques. » À méditer.

L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord. (Napoléon)


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