Etapes de la Révolution française

mardi 5 septembre 2017.
 

Nous pouvons distinguer quatre grandes périodes auxquelles vont correspondre nos quatre grandes parties :

- > A) 1782 à 1789 : Crise de l’Ancien régime, situation pré-révolutionnaire, cahiers de doléances

- > B) La révolution anti-absolutiste (bourgeoise, libérale...) de 1789 à 1792 comprenant B1) 1789 L’année sans pareille et B2) 1790 à 1792 : Contradictions et maturation de la révolution anti-absolutiste

- > C) 1792 à 1794 Révolution radicale, démocratique et sociale

- > D) Révolution libérale et contre-révolution de 1794 à 1799

A) 1782 à 1789 Crise de l’Ancien régime, situation pré-révolutionnaire, cahiers de doléances

A1) Des Lumières à la Révolution française

Montesquieu, précurseur des Lumières et de 1789

Lettres persanes. Montesquieu ironise sur la royauté, l’Eglise, les sociétés par action, l’esclavage...

Jean-Jacques Rousseau, philosophe de la souveraineté populaire

Mably, philosophe antilibéral du 18ème siècle

1er juillet 1766 : le chevalier de la Barre (19 ans) est torturé puis décapité par le totalitarisme clérical

1775 La Guerre des farines, 1er grand mouvement social contre le libéralisme

18ème : Siècle des Lumières, progressistes mais datées

A2) Causes et prémices de la Révolution française

Clergé, noblesse et bourgeoisie du Siècle des Lumières à 1789

8 juin 1783 Volcan Laki Eyjafjöll en éruption : Contribution du climat au déclenchement de la Révolution française

7 août 1786 Insurrection ouvrière de Lyon L’émeute des deux sous

Sur les causes structurelles de la Révolution française

A3) Crise, sociale et politique, pré-révolutionnaire

Crise de l’Ancien régime en 1788 1789... vers les Etats Généraux

1788 1789 Une situation prérévolutionnaire : Journée des Tuiles à Grenoble, Assemblée de Vizille (21 juillet 1788), Etats de Franche-Comté, Etats de Bretagne..

27 janvier 1789 Le soulèvement à Rennes des jeunes bretons du Tiers-état face aux ratonnades nobles marque le début de la crise pré révolutionnaire de 1789

A4) Des cahiers de doléances à la veille des Etats généraux

Cahiers de doléances de 1789 (tiers-état, clergé, noblesse, Etats généraux)

Printemps 1789, la crise prérévolutionnaire s’aggrave : émeutes de Besançon et Amiens, émeute Réveillon (28 avril)

B1) 1789 L’année sans pareille

« Entre mai et août, tout l’Ancien Régime s’est effondré. En trois mois, l’espace d’une saison, dans l’été le plus extraordinaire de notre histoire, rien n’est resté de ce que les siècles et les rois, avaient constitué » (François Furet).

« L’année 1789 peut être considérée comme une rupture capitale marquée, dans un laps de temps très court, par une triple révolution :

- institutionnelle et juridique (17 juin 89 = institution de l’Assemblée nationale qui le 7 juillet devient constituante ; Nuit du 4 août 89 = abolition des privilèges et des droits “féodaux” ; 26 août 89 = Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, véritable machine de guerre dressée contre l’Ancien Régime).

- parisienne et urbaine ou municipale (14 juillet 89 = prise de la Bastille),

- paysanne et rurale (La “Grande Peur” à partir du 20 juillet).

L’Assemblée Nationale constituante entreprend de mettre en place un nouveau régime politique... D’octobre à décembre 89, elle entreprend aussi une réorganisation complète du pays selon les nouveaux principes qui ne sera opérationnelle qu’en 1790. Une France nouvelle naît alors. » (Michel Winock, auteur de 1789 L’année sans pareille)

B1) Révolution institutionnelle : Des États généraux à l’Assemblée nationale (mai-juillet 1789)

L’agitation populaire est à son comble pour cause de faim et de misère.

4 et 5 mai 1789 : Ouverture des Etats généraux à Versailles

17 juin 1789 Les députés du Tiers état se proclament Assemblée nationale et s’octroient le vote de l’impôt

20 juin 1789 Serment du Jeu de Paume, symbole du combat pour la souveraineté populaire

23 juin 1789 : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes"

La Commune de Paris est l’avant-garde cf. comité permanents d’électeurs par districts

L’auto-organisation populaire en 1789

b) 14 juillet 1789 : Prise de la Bastille

C’est la première insurrection politique car c’est la prise d’un symbole par lequel le peuple prend conscience de sa puissance physique et politique. C’est aussi la première fois que le peuple prend la main.

14 juillet 1789 : la prise de la Bastille symbolise la fin définitive de la monarchie "absolue" et l’accélération du processus populaire révolutionnaire

Le 14 juillet 1789 vu par l’avocat Duveyrier

Acte fondateur

La preuve : on envoie des pavés de la Bastille dans les départements pour l’édifice de chaque bâtiments publics !

c) 20 juillet-août 1789 : La Grande Peur

Les paysans se déchaînent contre les seigneurs à la suite de rumeurs. L’agitation sociale est amplifiée.

Grande peur paysanne (19 juillet au 6 août 1789), révolution municipale : double pouvoir et nouveau pouvoir

d) Août 1789

4 août 1789 Abolition des droits seigneuriaux par l’Assemblée nationale

C’est la réponse politique à la situation insurrectionnelle. Elle n’était pas prévue mais elle est mise en scène à l’Assemblée.

7 et 11 août 1789 : L’Assemblée nationale revient sur la loi du 4 août mais la nouvelle qui circule dans le pays est celle de l’abolition des privilèges. La résistance grandit contre les atteintes à la décision d’abolition.

12 août 1789 Une séance à l’Assemblée nationale

Développement d’une résistance aristocratique

Le roi a refusé de signer la loi du 4 août par crainte d’un complot.

Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (votée le 26 août 1789)

27, 28 août 1789 Naissance du clivage droite gauche

e) Septembre 1789

Révolution française et dette publique

f) Octobre 1789 : Le peuple exige que le roi reste à Paris, rappelant ainsi qu’il contrôle le roi qui devient le « Roi des Français ». C’est la relance populaire.

La noblesse émigre. Les seigneurs résistent. Les armées essuient des mutineries.

5 octobre 1789 Quand la masse des femmes entre en révolution

6 octobre 1789 Rien ne résiste aux femmes en révolution

10 octobre 1789 L’Assemblée discute de la nationalisation des biens du clergé pour rembourser la dette publique

g) Novembre 1789

2 novembre 1789 "Tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la Nation" (Jean Jaurès)

2 novembre 1789 : L’Assemblée constituante adopte la nationalisation des biens du clergé

h) Décembre 1789

Décret du 14 décembre 1789 relatif à la constitution des municipalités

B2) 1790 à 1792 : Contradictions et maturation de la révolution anti-absolutiste

a) 1790 : Tentative de monarchie constitutionnelle

1789 1790 Création des départements, districts et cantons

12 juin 1790 Avignon vote son rattachement à la France

1789 1790 La Révolution française et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

14 juillet 1790 : Fête de la fédération

16 au 24 août 1790 : Révolution française et institution judiciaire

13 et 14 novembre 1790 La Révolution proclame la liberté d’association

g) Les vélléités d’opposition du roi

Chevaliers du poignard et générosité des révolutionnaires (28 février 1791)

19 avril 1791 : En réponse au décret de l’assemblée qui lui interdit de s’éloigner à plus de 20 lieues de Paris, le roi veut aller faire ses Pâques à Saint Cloud. Mais le peuple l’en empêche.

Mai 1791 : Les clubs politiques se diffusent de plus en plus grâce à la politique d’affiliation.

La loi Le Chapelier de 1791, symbole de répression bourgeoise et non de république progressiste

21 Juin 1791 : Le roi s’enfuie « de nuit et sans suite » à Varennes.

21 juin 1791 La fuite de Louis XVI s’arrête à Varennes

Fuite du roi Louis XVI jusqu’à Varennes (21 juin 1791) : Lettre ouverte à Madame Jalta, Messieurs Carnat et Lauby, Inspecteurs pédagogiques régionaux d’histoire et de géographie de l’Académie de Paris. Ignorance ou falsification ?

25-26 juin 1791 : Il est arrêté et retourné à Paris qui l’attend pour le juger.

h) Première scission des révolutionnaires entre partisans d’une monarchie constitutionnelle et Jacobins

Juin - juillet 1791 :L’Assemblée nationale résiste à l’insatisfaction populaire (cf. pétitions, manifestions, dont celle du Champ de Mars qui sera durement réprimée) mais la monarchie n’a pas l’assentiment du peuple.

17 juillet 1791 Fusillade du Champ de Mars

Le conflit est ouvert entre ceux qui soutiennent la monarchie constitutionnelle et les autres. C’est pourquoi le club des Jacobins scissionne et donne naissance au club des Feuillants, monarchiste.

Les dynasties européennes se concertent pour soutenir Louis XVI et les émigrés.

27 août 1791 La Déclaration de Pillnitz marque l’engagement des royautés européennes contre la Révolution française

Retournement contre le régime en place

Novembre 1791 : Election de Pétion (un radical), maire de Paris

i) L’envahissement de la France par les troupes autrichiennes et prussiennes provoque radicalisation et mobilisation populaire

Avril 1792 : C’est la guerre aux frontières.

Le roi mène la politique du pire et oppose son veto à tout.

18 avril 1792 rapport de Dumouriez (ministre), pour une déclaration de guerre à l’Autriche

19 et 20 avril 1792 : Les députés de l’Assemblée législative déclarent la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie »

Le choix démocratique et social de la révolution se radicalise

Plan Condorcet pour l’instruction publique 20 avril 1792

Juin 1792 L’Assemblée est envahie.

Juillet 1792 : « La Patrie est en danger ».

11 et 12 juillet 1792 La patrie en danger ! Aux armes citoyens ! (article et film de 10 minutes)

C’est la mobilisation générale et elle est effective.

La tension monte. Le régime n’a jamais été autant menacé.

28 juillet 1792/ Manifeste de Brunswick : collusion entre le roi et l’Autriche ennemie. Le roi devient traître à la Patrie.

C) 1792 à 1794 Révolution radicale, démocratique et sociale

47 sur 48 bureaux de vote adoptent une pétition pour la déchéance du roi.

Nuit 9-10 août 1792 : Ordre de marche sur les Tuileries.

C’est la Commune insurrectionnelle de Paris.

Le chef de la Garde nationale est destitué.

Les Tuileries sont envahies.

10 août 1792 La prise des Tuileries engage la 2ème phase de la Révolution française, portée par le peuple

L’Assemblée nationale résiste et protège le roi.

Le peuple poursuit en dépit du vote de dissolution de la Commune par l’assemblée. Le rapport de force est en faveur du peuple.

26 août 1792 L’Assemblée nationale décerne le titre de citoyen français "aux hommes qui ont servi la cause de la liberté et préparé l’affranchissement des peuples"

L’Assemblée nationale est forcée de voter la destitution du roi.

Son procès peut avoir lieu.

20 septembre 1792 : La révolution française promulgue une loi autorisant le divorce

Automne 1792 : Premiers temps de la République.

On tente de donner des gages au peuple.

La Convention est élue.

20 septembre 1792 : Victoire de Valmy.

Valmy ( 20 septembre 1792), symbole fort d’une mobilisation populaire qui sauve la Révolution française

21 septembre 1792 : Proclamation de la République.

Bataille de Jemmapes (6 novembre 1792) remportée par l’armée révolutionnaire

19 novembre 1792 La Convention nationale "accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer la liberté"

15 et 17 décembre 1792 : La Révolution française proclame la guerre révolutionnaire aux privilégiés

Je demande que la Convention nationale déclare Louis coupable et digne de mort (Robespierre 28 décembre 1792)

j) La fin de la monarchie "absolue" et l’exécution du roi

Nov. 92-jan.93 : Procès du roi.

Procès du roi Louis XVI

Vote de la mort du roi.

21 Janvier 1793 : Exécution du roi

k) Scission parmi les Jacobins Les Girondins veulent arrêter la révolution contrairement aux Montagnards qui prennent des décisions d’urgence au plan politique comme militaire.

La dynamique de la Révolution française Arrêter avec les Girondins ou vaincre avec les Montagnards

La Convention décide de lever une armée de 300 000 hommes !

Début de l’insurrection Vendéenne.

Trahison de Dumouriez.

Les girondins n’interviennent pas

Les Montagnards obtiennent l’envoi de représentants en mission dans les armées, mais ne peuvent plus siéger.

La Convention est sourde aux réactions des sans-culottes qui sont de plus en plus violentes, alors que le territoire national est enfoncé de toutes part.

Juin 1793 : Le peuple des sections assiège la Convention.

l) Les Sans-culottes et le grand Comité de Salut Public

La Convention est obligée de se conformer à ce que demande le peuple.

4 mai 1793 La Convention institue la loi du maximum

La majorité Girondine est renversée car le Marais s’allie à la Montagne.

2 juin 1793 La mobilisation des sans-culottes parisiens conduit à l’arrestation des Girondins

Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen du 23 juin 1793, texte d’importance historique universelle

24 juin 1793 Constitution de l’An 1

Manifeste des Enragés présenté devant la Convention le 25 iuin 1793 (Jacques Roux)

25 juillet 1793 l’école gratuite et obligatoire pour tous les enfants

L’abolition de la royauté par la Convention (21 septembre 1792)

Révolution française, famille, mariage et divorce (octobre 1793)

24 novembre 1793, la Convention publie le nouveau calendrier

10 novembre 1793 : fête de la Liberté à Notre-Dame-de-la-Raison

4 février 1794 Abolition de l’esclavage par la Révolution française

15 février 1794 : le drapeau bleu, blanc, rouge devient l’emblème national français

L’Ecole polytechnique, du 11 mars 1794 à aujourd’hui

11 mai 1794 : La Révolution française crée un embryon de sécurité sociale

C’est le sommet du processus révolutionnaire.

La situation est la suivante :

Les périls sont extrêmes ; d’où une levée en masse. 2 millions d’hommes sont en guerre aux frontières et le peuple continue d’être approvisionné.

La Révolution et la sédition lyonnaise de 1793

« Robespierre, bourreau de la Vendée ? » : une splendide leçon d’anti-méthode historique

On engage la rédaction d’une nouvelle constitution. Elle est approuvée par référendum mais sera « inappliquée jusqu’à la paix ».

Une politique du peuple est menée. Elle consiste en une série de mesures correspondant aux intérêts du grand nombre :

- mesures de soutien et de rationalisation de la puissance du processus révolutionnaire (ex : réunion des sections 2 fois par semaines, plus en permanence, rétribution des citoyens qui ne peuvent pas se rendre en section, répression des mouvements qui en appellent au sang, ...)

- mesures sociales avancées en vue de l’application réelle de la loi du 4 août, vente des biens nationaux par petits lots, loi du maximum général qui est une mesure de contrôle des prix pour remédier aux problèmes de famine.

m) Basculement par le complot contre Robespierre.

Thermidor an II (juil. 94) : arrestation de Robespierre votée à la Convention

8, 9, 10 thermidor Robespierre abattu, Révolution française terminée

Fermeture provisoire du club des Jacobins

Exécution de Robespierre

Le mouvement populaire est « décapité »

D) Révolution libérale et contre-révolution de 1794 à 1799

Séparation de l’Eglise et de l’Etat par la Révolution française ( 18 septembre 1794 et 21 février 1795)

n) La phase descendante du processus révolutionnaire commence.

C’est la revanche de l’Assemblée sur le peuple : l’Assemblée thermidorienne est aux commandes.

Conséquences immédiates :

- Les mesures sociales sont révoquées.

- Une armée de 20 000 hommes désarme les derniers dirigeants jacobins dans les faubourgs.

22 mai 1795 Les martyrs de prairial

- La Bourse reprend ses activités

3 mars 1795 : Le rétablissement de la Bourse symbolise la contre-révolution initiée après le 9 thermidor

9 novembre (18 brumaire) 1799 Coup d’Etat de Napoléon Bonaparte


1789, « l’année sans pareille »

Les dates-clés de l’année 1789 - 5 mai : Séance royale d’ouverture des États généraux - 17 juin : Le Tiers état s’intitule « Assemblée nationale » - 20 juin : Serment du Jeu de Paume - 9 juillet : proclamation de l’Assemblée nationale constituante - 14 juillet : Prise de la Bastille - 4 août : Abolition des privilèges - 26 août : Vote de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen - 11 septembre : Débat à l’Assemblée sur les pouvoirs du Roi - 5-6 octobre : Marche des Parisiens sur Versailles ; le roi et sa famille ramenés à Paris - 2 novembre : Les biens du Clergé sont mis à la disposition de la nation - décembre : Nouvelle organisation territoriale (création des départements et des municipalités)

À l’attention des étudiants : ce bref cours peut être complété, pour ceux qui n’auraient pas de lumières sur la Révolution française, par la lecture du petit livre de Jean-Clément Martin, La Révolution française, Paris, Mémo Histoire n° 12, Seuil, 1996, 64 pages. Les citations marquées * sont extraites de ce petit ouvrage très clair et très pédagogique. Pour l’amateur d’histoire, je signale l’excellent livre de Michel Winock écrit comme un « roman vrai », 1789, l’année sans pareille, Paris, Olivier Orban, 1988.

Sur le plan pédagogique : ce cours s’inscrit dans le programme d’histoire du cycle des approfondissements (Les temps modernes et la Révolution, page 68 des programmes de l’école primaire). Événement emblématique retenu dans ce programme : la prise de la Bastille.

Introduction Il n’est pas question ici de revenir longuement sur les causes de la Révolution (1789-1799) (Cf. cours précédent La société française à la fin de l’Ancien Régime). Rappelons en schématisant que l’on peut distinguer des causes lointaines (le mouvement des « Lumières », l’influence des révolutions anglaise et américaine, la crise de la monarchie absolue, les difficultés économiques et financières) et des causes plus immédiates (l’échec des réformes, la révolte des privilégiés, la crise économique et sociale de 1788-89). C’est pour tenter de résoudre toutes ces difficultés que Louis XVI a été contraint de convoquer les États Généraux pour le 1er mai 1789. Finalement l’ouverture aura lieu le 5 mai à Versailles : c’est le début de la Révolution. En effet, en l’espace de quelques mois, « entre mai et août, tout l’Ancien Régime s’est effondré. En trois mois, l’espace d’une saison, dans l’été le plus extraordinaire de notre histoire, rien n’est resté de ce que les siècles et les rois, avaient constitué » (François Furet). De ce point de vue l’année 1789 peut être considérée comme une rupture capitale marquée, dans un laps de temps très court, par une triple révolution : - institutionnelle et juridique (17 juin 89 = institution de l’Assemblée nationale qui le 7 juillet devient constituante ; Nuit du 4 août 89 = abolition des privilèges et des droits “féodaux” ; 26 août 89 = Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, véritable machine de guerre dressée contre l’Ancien Régime). - parisienne et urbaine ou municipale (14 juillet 89 = prise de la Bastille), - paysanne et rurale (La “Grande Peur” à partir du 20 juillet). L’Assemblée Nationale constituante entreprend de mettre en place un nouveau régime politique qui sera, deux ans plus tard, sanctionné par la promulgation d’une Constitution le 14 septembre 1791. D’octobre à décembre 89, elle entreprend aussi une réorganisation complète du pays selon les nouveaux principes qui ne sera opérationnelle qu’en 1790. Une France nouvelle naît alors.

I La révolution institutionnelle : Des États généraux à l’assemblée nationale (mai-juillet) La fiction d’États généraux voués à la seule consolidation de la monarchie d’Ancien Régime ne dure que le temps de l’ouverture des cérémonies d’ouverture. « Dès les premiers jours, les tensions sont perceptibles entre les députés rangés par ordre. Dès le 5 mai, la désillusion est grande car le roi ne donne pas la possibilité de conduire des réformes. Les tensions vont se cristalliser sur la vérification des pouvoirs des députés, préalable indispensable à tout débat. La question peut sembler secondaire, elle va exacerber les oppositions, puisque se trouve posé le problème de l’unité ou de la diversité des ordres. Faut-il que les députés vérifient ensemble ou par ordre ? Les vœux unitaires du Tiers sont contrariés par le roi et les principaux meneurs des deux autres ordres. Le Tiers s’intitule alors « communes », s’identifiant clairement à la totalité de la nation, ce qui marginalise les autres ordres. À partir du 12 juin, des curés décident de se joindre au Tiers, rompant les divisions institutionnelles. si bien que le 17 juin, le Tiers se proclame Assemblée nationale, dans l’attente de la réunion avec les autres ordres et en acceptant l’autorité du roi (sous la forme du « veto »). Mais aussitôt ils assurent que tous les impôts existants sont illégaux. de fait la France est ainsi dotée d’un système parlementaire. Le roi tente de contrer cette orientation en massant des troupes autour de Versailles et en fermant la salle de réunion du Tiers. Le 20 juin, celui-ci réagit de na pas se séparer avant d’avoir établi une Constitution pour le royaume. Le 23 juin, le roi préside une séance royale, rappelant l’autorité traditionnelle dont il dispose sur ses sujets. Il admet l’essentiel des réformes (dont l’égalité fiscale) mais il maintient la division de la société par ordres et interdit la tenue, sauf exceptions, d’assemblées communes des députés. [...] Le Tiers refuse ces décisions. Le 27 juin, la majorité du clergé décide de se rallier au Tiers, suivi par les nobles. Le 27 juin, le roi invite alors les derniers députés récalcitrants à abandonner leurs positions »*. Le 7 juillet l’Assemblée nationale devient constituante, c’est-à-dire chargée d’élaborer une constitution. Désormais, le pouvoir du roi est maintenant doublé par celui de l’Assemblée.

II La révolution parisienne et municipale (juillet 89) Le roi tente un second coup de force. Il rassemble des troupes autour de Paris et « congédie, le 11 juillet, le ministre Necker, perçu comme libéral, au moment où les tensions sociales sont vives dans Paris, travaillé par des rumeurs et des peurs. Des manifestations se heurtent à des soldats le 12 juillet, débouchant sur des scènes d’insurrection le soir du 13 juillet. Le 14 juillet, une foule parisienne à la recherche d’armes et de poudre s’empare de la Bastille, prison royale à la frontière d’un faubourg populaire et symbole de l’autorité toute-puissante et de l’arbitraire du roi. Le gouverneur, de Launey, est décapité, après une fusillade qui a duré une journée et fait plus d’une centaine de morts. Le roi accepte les conséquences de ce coup de force interprété comme un soutien à l’Assemblée et reçoit, symboliquement, les clés de la ville de Paris des mains de Bailly, premier maire élu. De son côté l’Assemblée accepte la violence et ne proteste pas lorsque l’intendant de Paris st massacré avec son beau-frère »*. La nouvelle de la prise de la Bastille (elle devient un symbole) se répand dans toute la France. L’agitation débouche sur une révolution municipale : dans de nombreuses villes et bourgades, les patriotes s’emparent du pouvoir.

III La révolution dans les campagnes : La Grande Peur (mi-juillet - août 89) Au moment où s’approche le temps de la récolte, les événements parisiens engendrent dans les campagnes une rumeur (la peur des brigands payés par les aristocrates) accompagnée de scènes de panique et de prises d’armes. Ici et là, des châteaux, des abbayes et parfois des demeures bourgeoises ou seigneuriales, sont mis à sac ou brûlés. La révolution des villes a provoqué la révolution des campagnes. Cette panique collective qui touche les trois quarts des campagnes françaises est révélatrice des tensions sociales du monde rural ; elle manifeste une puissante poussée politique paysanne en vue d’imposer un changement de l’ordre social. Cette révolution dans les campagnes inquiète les députés pour qui la loi doit triompher du désordre.

IV La révolution des Droits (août 89) Les troubles dans les campagnes qui menacent les propriétés - nobles ou bourgeoises - poussent les députés à agir vite et dans l’urgence. Dans la nuit du 4 août, les députés suppriment les privilèges, proposent l’égalité fiscale entre les ordres, abolissent avec compensation les droits seigneuriaux. Quelques jours plus tard, des décrets précisent ou rectifient les décisions prises durant cette nuit « magique »* : les doits seigneuriaux sont déclarés rachetables, la dîme est totalement abolie sans compensations. Les Français prennent alors conscience qu’ils entrent dans un nouveau régime politique et social. La notion d’« Ancien Régime » naît, à ce moment-là, de cette prise de conscience. Dans la foulée les députés, qui depuis le début juillet discutent de l’élaboration de la Constitution, décident de promulguer une déclaration des Droits. Au terme de débats à la fois philosophiques et politiques, la Déclaration est votée le 26 août 1789. En 17 articles, elle met en avant plusieurs principes : égalité devant la loi, souveraineté de la nation, séparation des pouvoirs, liberté d’expression et de croyances, respect de la propriété, etc.

V La poursuite du mouvement révolutionnaire (septembre-décembre 1789) La promulgation de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen n’arrête pas la marche de la révolution. Les divisions s’aggravent. le roi et une partie des députés refusent de souscrire aux innovations du mois d’août. Les débats sur la future constitution sont un bon révélateur de ces clivages politiques. Finalement « la majorité des députés élabore les grandes lignes d’une monarchie constitutionnelle, avec une seule chambre de représentants, élus par des électeurs sélectionnés par un cens, laissant au roi la possibilité d’user un veto suspensif »*. C’est donc l’autorité de l’Assemblée qui prime. Le roi, dont les pouvoirs sont réduits, refuse de signer les décrets adoptés depuis le 4 août. Dans ce contexte de crise politique, le peuple de Paris, soumis à la pénurie et à la cherté du pain, se soulève par peur des menées contre-révolutionnaires liées par la reine. On annonce, qu’à Versailles, un banquet de soldats royaux a donné lieu à la profanation de la cocarde tricolore en présence de Marie-Antoinette. Devant l’Hôtel de ville, un cortège se forme. Une foule féminine, plus ou moins manipulée, décide de se rendre à Versailles pour chercher « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». Le 5 octobre, 6000 à 7000 manifestants sont devant le château royal. Le 6 octobre, la foule investit le château, menace directement la reine qui est obligée de se réfugier in extremis dans la chambre du roi, massacre des gardes du corps. Le roi cède à la violence et signe les décrets d’août. Les manifestants ramènent, à Paris, la famille royale qui est installée aux Tuileries. L’Assemblée déménage, à proximité, dans la salle du Manège. Désormais, le pouvoir politique est sous la menace du mouvement révolutionnaire parisien. « La conscience de vivre en révolution marque dorénavant tous les Français et les conduit à se situer politiquement. Des marques distinctives (cocarde tricolore notamment) sont requises pour s’identifier. Les partisans de la révolution commencent à se regrouper à « gauche » du président de la Constituante, leurs opposants à « droite ». Un langage politique symbolique s’instaure »*. Du mois d’octobre au mois de décembre 89, l’Assemblée met sur pied un édifice administratif et politique complètement renouvelé qui deviendra opérationnel l’année suivante, une réorganisation qui se veut avant tout fondatrice de l’unité de la France. Le 10 octobre, Louis XVI devient « roi des Français ». Le 20 octobre est adopté le suffrage censitaire pour les prochaines élections. Les difficultés financières, toujours persistantes, obligent à trouver des solutions. Le 2 novembre, les biens de l’Église sont mis à la disposition de la nation. L’Assemblée décide en décembre de les vendre sous le nom de « biens nationaux ». Elle entreprend aussi de résoudre la difficile question du rachat des droits seigneuriaux. Les modalités de rachat se heurteront à la contestation paysanne (émeutes et troubles en janvier 1790). À la fin du mois de décembre, sont créés de nouveaux cadres administratifs (départements, districts, communes). L’œuvre de cette réorganisation législative est considérable, elle marque la volonté d’instaurer un nouvel ordre politique dans un cadre légal, un état de droit. Mais la Révolution continue...

Jean-Paul CHABROL, tuteur-formateur P.E.1, IUFM site d’Aix. septembre 1998


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